ACTE I
Le th��tre repr�sente un site pittoresque sur le bord de la mer. Au lever du rideau, des femmes de p�cheurs viennent r�veiller leurs maris, �tendus sur le sable.
Ouverture
SC�NE PREMI�RE
Pif�ar, p�cheurs et femmes de p�cheurs
Introduction
CHOEUR
Gais p�cheurs, quittons ce rivage,
Le soleil luit, les vents sont bons;
Et les flots, tout bas, � la plage
Semblent redire nos chansons.
PIF�AR
entrant
Z�phoris! Z�phoris! c'est ton ami fid�le,
C'est ton Pif�ar qui t'appelle.
aux p�cheurs
Ne le voyez-vous pas?
LES HOMMES
Non, non.
PIF�AR
aux femmes
Ni vous non plus?
LES FEMMES
Non, non.
PIF�AR
O Brahma! quel guignon!
LE CHOEUR
Viens, viens sans lui.
PIF�AR
Sans lui, c'est impossible.
LE CHOEUR
Mais pourquoi? mais pourquoi?
PIF�AR
Il ne peut pas p�cher sans moi.
TOUS
Ah! l'histoire est risible!
Mais pourquoi? mais pourquoi?
PIF�AR
�coutez-moi.
Premier couplet
Z�phoris est bon camarade,
Mais c'est un p�cheur fort mauvais;
Sans moi, les poissons de la rade
Ne craindraient gu�res ses filets.
Comme il ne cherche, sur ces bords,
Que perles fines et tr�sors,
Et que le reste il le rejette
Chaque fois que son filet sort;
Quand � le vider il s'appr�te
Je remplis le mien sans effort.
Voil� pourquoi bis
Il ne peut pas ... p�cher sans moi.
Deuxi�me couplet
Z�phoris, malgr� son visage,
A grand besoin de mon appui;
Sans moi, les filles du village
A sa barbe riraient de lui.
Que de belles, complaisamment,
Lui tendent un minois charmant!
Mais Z�phoris est sans malice,
Les amours lui sont inconnus;
Et sans moi, qui fais son office,
Tous ces baisers seraient perdus!
Voil� pourquoi bis
Il ne peut pas ... aimer sans moi.
LE CHOEUR
Gais p�cheurs, etc., etc.
Tous remontent, Zizel para�t au fond.
SC�NE II
Les m�mes, Zizel.
PIF�AR
Quel contre-temps! voil� Zizel,
Le surveillant de cette c�te;
Il est dur, injuste et cruel,
Et de nous ran�onner il ne se fait pas faute.
LE CHOEUR
Partons sans bruit, partons, partons.
ZIZEL
Halte-l�! mes petits moutons!
Avant d'aller p�cher, il vous faut me r�pondre,
Et chacun � son tour ... Pif�ar, mon ami!
PIF�AR
voulant s'esquiver
Le mouton voudrait bien ne pas se laisser tondre.
ZIZEL
le ramenant
Pif�ar, viens ici;
D'un d�lit condamnable
Tu dois �tre coupable.
PIF�AR
Moi! je jure qu'il n'en est rien!
ZIZEL
Tu ne l'as pas commis encor, peut-�tre bien;
Mais tu le commettras bient�t, donc, � l'amende.
PIF�AR
Mais, quel d�lit? je le demande.
ZIZEL
A l'amende! � l'amende!
Ou sinon,
En prison.
PIF�AR
payant
J'aime encor mieux l'amende,
Mais pourtant
Je suis bien innocent.
ZIZE
� une femme
D'un d�lit condamnable
Tu dois �tre coupable.
Ne me r�plique rien,
Ce que je dis, je le sais bien.
A l'amende! � l'amende!
LA FEMME
Ah! votre erreur est grande.
ZIZEL
A l'amende! � l'amende!
Elle lui donne de l'argent.
SC�NE III
Les m�mes, Z�lide, puis Z�phoris.
ZIZEL
� Z�lide, qui cause avec Pif�ar, son futur
A votre tour, petite; approchez.
Z�LIDE
J'ai bien peur!
ZIZEL
l'amenant de force sur le devant de la sc�ne
D'un d�lit condamnable. ...
Z�PHORIS
entrant avec pr�cipitation
Arr�tez
TOUS
Z�phoris!
Z�PHORIS
se pla�ant entre sa s�ur et Zizel, et repoussant celui-si
Vieillard, sur mon honneur!
S'il est une chose coupable,
C'est le trafic honteux auquel vous vous livrez.
ZIZEL
Jeune imprudent, vous ignorez
Ce que pourrait contre vous ma col�re.
Z�LIDE
Ah! piti� pour mon fr�re!
Ne soyez pas sourd � mes cris.
Piti� pour Z�phoris.
Quatuor et Choeur
Z�PHORIS
N'implore pas, cesse de craindre,
Son courroux ne saurait m'atteindre:
Peut-on traiter avec rigueur
Le fr�re qui d�fend sa s�ur?
ZIZEL
Quand tout doit trembler et me craindre,
Un t�m�raire ose se plaindre.
La loi me donne par bonheur
De quoi seconder ma fureur!
PIF�AR ET LES P�CHEURS
Pour Z�phoris que faut-il craindre?
La loi va-t-elle donc l'atteindre?
Peut-on traiter avec rigueur
Le fr�re qui d�fend sa s�ur?
Z�LIDE
Ah! mon trouble ne peut se peindre.
La loi, mon fr�re, va t'atteindre!
Tu vas essuyer sa rigueur
Pour avoir prot�g� ta s�ur.
ZIZEL
� Z�phoris
Tu vas � la prison me suivre de ce pas.
TOUS
Quoi! la prison! ... Ah! ne l'y menez pas!
Z�LIDE
� Zizel
Mon doux seigneur, je vous le jure,
Si contre vous mon fr�re s'emporta,
Ce n'�tait pas pour vous faire une injure,
Il est trop poli pour cela.
Elle lui glisse une pi�ce de monnaie.
ZIZEL
A ses acolytes
Un instant! un instant! Pour remplir mon office,
Je dois � la justice,
Avant qu'on le punisse,
D'�couter ses raisons.
Prenant Z�lide � part et tendant la main.
Voyons donc vos raisons,
Nous �coutons.
Z�lide donne une autre pi�ce.
Bon! d�j�
Je go�te
Cette raison-l�.
Il tend encore la main, nouvelle pi�ce d'argent.
J'approuve sans doute
Aussi celle-l�.
M�me jeu de sc�ne et pareille r�ponse de Z�lide.
Vos trois raisons, vos trois raisons, mignonne,
Sont d'un grand poids.
Il fait sauter l'argent dans sa poche.
Et j'y fais droit, car je le dois.
A ses acolytes, qui entourent Z�phoris.
J'ai l'�me bonne,
Je lui pardonne.
Et quant � vous, p�cheurs, plus de d�lits nouveaux.
Maintenant, que chacun retourne � ses travaux.
Allez � l'ouvrage;
Moi, j'ai bien travaill�, mes chers petits moutons.
CHOEUR
Gais p�cheurs, quittons ce rivage,
Le soleil luit, les vents sont bons,
Et les flots, tout bas, � la plage,
Semblent redire nos chansons.
Allons p�cher, partons! partons!
Tout le monde sort, � l'exception de Pif�ar, Z�lide et Z�phoris.
SC�NE IV
Z�phoris, Pif�ar, Z�lide.
Z�PHORIS
Demeure, Pif�ar, j'ai � te parler.
PIF�AR
A moi?
Z�PHORIS
Et � toi aussi, ma s�ur.
Il leur prend ta main � tous deux.
Z�LIDE
Que peux-tu avoir � me dire?
Z�PHORIS
Tu baisses les yeux, tu rougis! ... Petite s�ur, vous savez de quoi je veux vous entretenir.
PIF�AR
Moi, je n'ai pas rougi, je n'ai baiss� aucun �il, moi; j'ignore de quoi tu veux nous entretenir, moi.
Z�PHORIS
Eh bien! je vais tout t'apprendre; mon gar�on, tu n'es pas beau ...
PIF�AR
Il y a des bossus qui sont plus laids que moi.
Z�LIDE
Certainement.
Z�PHORIS
Tu n'as pas grand esprit ...
PIF�AR
Il y a des imb�ciles qui sont plus b�tes que moi.
Z�LIDE
Sans doute.
Z�PHORIS
Tu manques de courage ...
PIF�AR
Il y a des poltrons qui ... Ah ��! mais, si c'est l� tout ce que tu as � m'apprendre ...
Z�PHORIS
Non ... j'en veux venir � ceci: que tout laid, tout b�te et tout poltron que tu es ...
PIF�AR
Merci!
Z�LIDE
Mon fr�re ...
Z�PHORIS
Il y a cependant une belle et bonne fille qui a la folie de t'aimer.
PIF�AR
Tu appelles �a de la folie? ... Mais c'est du go�t, c'est du go�t!
Z�PHORIS
Enfin, comme toutes les faiblesses du c�ur me paraissent excusables, � moi, dont le c�ur parle plus haut que la raison, dis un mot et je te donne sa main.
PIF�AR
tr�s-joyeux
Sa main! A moi! ... Tu me donnes sa main! sa main.
Changeant de ton.
Et avec quoi dedans?
Z�PHORIS
Comment?
Z�LIDE
Avec quoi?
PIF�AR
Pardon ... je me suis tromp�, je veux dire: avec combien dedans?
Z�LIDE
pleurant
Oh! c'est affreux!
Z�PHORIS
avec indignation
Oh! Pif�ar!
PIF�AR
Qu'est-ce que vous avez? Est-ce que c'est pour moi que je demande �a? ... Pour moi! par exemple! ... C'est pour eux.
Z�PHORIS ET Z�LIDE
Pour eux? ...
PIF�AR
Oui, pour les trois ou quatre petits que nous aurons d'abord, les cinq ou six qui viendront apr�s, et ... la suite, ensuite. Ah! dame! mon grand-p�re en a eu douze, mon p�re en a eu quatorze, et je suis perdu de r�putation si je ne vais pas � dix-sept.
Z�PHORIS
avec col�re
Enfin!
PIF�AR
Enfin, il faut bien que je m'occupe de leur avenir, � ces chers petits ... � venir. Car je les aime, je les ch�ris; je les ... Et vous, ma femme future, est-ce que vous ne les aimez pas, nos futurs petits?
Z�LIDE
Mais ...
Z�PHORIS
Bref, tu veux savoir ce que nous avons d'argent ... Eh bien, adresse-toi � Z�lide, moi je n'en sais rien; c'est elle qui tient le tr�sor.
PIF�AR
Ah! c'est elle qui ... Nous disons donc, Z�lide, que nous avons? ...
Z�LIDE
baissant les yeux
Nous n'avons rien.
Z�PHORIS
�tonn�
Rien?
PIF�AR
Ce n'est gu�res ...
Z�PHORIS
Rien, Z�lide? Et ce que nous a laiss� notre p�re?
Z�LIDE
Jusqu'ici, j'ai gard� le silence, de peur de t'affliger, mon fr�re; mais aujourd'hui, je ne veux tromper personne, et il faut bien que je te dise la v�rit�.
Z�PHORIS
Parle.
Z�LIDE
Depuis longtemps, mon ami, ta p�che est malheureuse, je te vois rentrer au logis, si triste, si abattu, que je n'ai pas le courage de t'adresser le moindre mot de reproche, et je vais prendre une � une, pour nous faire vivre, ces pi�ces de monnaie que notre p�re avait amass�es pour nous.
Z�PHORIS
avec force
Pour toi, Z�lide! pour te faire une dot! ... Et tout est �puis�? ...
Z�LIDE
Tout!
Z�PHORIS
Oh! pardonne-moi, s�ur, pardonne-moi.
Z�LIDE
Ce n'est pas ta faute si le poisson ne se prend pas dans tes filets.
PIF�AR
Le poisson! mais il s'y pr�cipite, au contraire, dans ses filets; seulement, Z�phoris le rejette.
Z�LIDE
Se peut-il?
PIF�AR
Il d�daigne le merlan, il m�prise la limande, il rejette � l'eau les turbots ... les plus beaux ...
Z�LIDE
Serait-il vrai?
PIF�AR
Ce qu'il demande � la mer ce sont de jolis coraux, c'est un banc de perles fines ... il est fou, enfin.
Z�LIDE
Assez, assez!
Allant lentement � Z�phoris qui se tient la t�te baiss�e et lui prenant la main.
Fr�re! elle est donc bien riche celle que tu aimes
Z�PHORIS
la pressant sur son c�ur
Oh! tu m'as devin�, tu m'as compris, toi.
PIF�AR
Je demande � comprendre aussi.
Z�PHORIS
Oui, je l'aime avec passion, avec d�lire, et je voudrais des tr�sors pour les lui donner si elle est pauvre, ou pour m'�lever jusqu'� elle si sa nais sance est illustre.
PIF�AR
Il aime et il ne conna�t pas son objet! est-ce dr�le ... Mais, j'y pense, serait-ce pour cette beaut� que tous les soirs, � la deuxi�me heure de la nuit, tu viens l�, � cette place?
Z�PHORIS
Oui, je l'attends, depuis huit grands mois, mais c'est en vain.
Z�LIDE
O� l'as-tu donc vue pour la premi�re fois?
Z�PHORIS
Dans ces flots ... o� le courant l'entra�nait.
PIF�AR
Ah! c'est l�-dedans que tu as fait sa connaissance
Z�PHORIS
C'�tait par un beau soir d'�t�, j'errais seul, dans ces parages. Tout � coup des cris de d�sespoir frappent mon oreille, une jeune fille va p�rir: je m'�lance � son secours du haut d'un rocher qui domine la mer, bient�t la pauvre enfant est dans mes bras; longtemps je luttai contre le courant, qui m'entra�nait � mon tour; enfin, nous arriv�mes sur cette plage, et c'est sur ce sable m�me que je la d�posai encore �vanouie, les rayons de la lune inondaient son visage de leur douce clart�. ... Oh! qu'elle �tait belle! mon Dieu! La voix de ses compagnes qui accouraient vers nous vint m'arracher � mon extase. Honteux de mes regards, je d�tournai la t�te et je m'enfuis. J'avais sauv� sa vie, je voulus sauver aussi sa pudeur.
Z�LIDE
Et tu ne l'as jamais revue?
Z�PHORIS
Jamais! ... Est-elle une humble fille comme toi, ma s�ur? est-elle n�e au sein des villes? je ne sais.
Romance
Z�PHORIS
Premier couplet
J'ignore son nom, sa naissance;
Quand, �perdu, dans l'onde je la vis,
Sa seule robe d'innocence
�tait le flot auquel je la ravis.
Elle �tait belle,
Je la sauvai;
Et voil� d'elle
Ce que je sai:
Peut-on demander � l'aurore,
Sortant de son lit immortel,
Si le doux rayon qui la dore
Lui vient de la terre ou du ciel?
Deuxi�me couplet
En la cherchant, je n'ai pour guides
Que son image et ce modeste anneau,
Qui glissa de ses doigts humides
Et que je veux garder jusqu'au tombeau.
Quand je soupire,
Le pauvre anneau
Semble me dire:
Cherche au hameau.
L'image me dit, au contraire:
Cherche loin du monde r�el;
Je ne puis habiter la terre
Puisque les anges sont au ciel.
Z�LIDE
Pauvre Z�phoris, h�las! o� te conduira ton amour
Z�PHORIS
Oh! cent fois j'ai voulu l'oublier; mais comment faire? Le jour, la nuit, son image est toujours l�, devant moi.
PIF�AR
On ferme les yeux, donc.
Z�PHORIS
Mais, � l'avenir, c'est fini! plus de r�ves insens�s! je veux regagner ce que mon amour �go�ste t'a fait perdre; et puisque tu as encore la faiblesse de l'aimer, lui, qui ose te marchander ...
PIF�AR
Mais non, je ne marchande pas.
Z�PHORIS
Dans deux mois, j'aurai retrouv� tout ce que notre p�re nous avait laiss�, dans deux mois vous serez unis.
Z�LIDE
Mon bon fr�re!
Elle l'embrasse � droite
PIF�AR
Mon ... beau-fr�re!
Il l'embrasse � gauche, Z�phoris le repousse.
Z�PHORIS
Allons, venez.
PIF�AR
Non, il est trop tard, je reste. J'attends ici ... quelqu'un ... une pratique � moi.
Z�PHORIS
A qui tu vends du poisson?
PIF�AR
Non, c'est un seigneur pour lequel je porte au loin des lettres ... que je soup�onne ... d'amour.
Z�LIDE ET Z�PHORIS
Comment?
PIF�AR
Depuis huit jours j'en ai d�j� port� trois comme �a ... il s'agit d'aller ... au large ... bien au del� du banc de corail que ne d�passent jamais les p�cheurs. L�, une barque qui vient ... je ne sais d'o�, accoste la mienne ... celui qui la monte prend mon message et m'en donne un autre ... il emporte le mien, je rapporte le sien ... et on me donne deux pi�ces d'or pour �a ... Il n'y a que les secrets d'amour qui se payent aussi cher.
Z�PHORIS
D'amour ... ou de trahison ... qui sait? ...
PIF�AR
De trahison!
Z�PHORIS
Je me m�fie de cette g�n�rosit�, de cette barque venue on ne sait d'o� ... Enfin, c'est ton affaire.
PIF�AR
J'aper�ois mon homme ... au revoir.
Z�PHORIS ET Z�LIDE
Au revoir.
Ils sortent.
SC�NE V
Kadoor, Pif�ar.
PIF�AR
Une trahison ... allons donc! c'est impossible.
A Kadoor qui entre
Seigneur.
KADOOR
Tu es exact ... c'est bien ... mais sache aussi �tre muet.
PIF�AR
Je le serai, seigneur ... comme un poisson.
KADOOR
D'ailleurs ... sur un mot, je te ferais trancher la t�te.
PIF�AR
tremblant
Tran ... tran ... trancher la t�te ...
A part
Ah! Z�phoris disait vrai ... �a sent la trahison.
KADOOR
Si tu me sers avec discr�tion ... je paye g�n�reusement. Ce message sera le dernier, et celui-l�, je le paye trois pi�ces d'or.
PIF�AR
Trois pi�ces d'or! Z�phoris se trompait, c'est un amoureux.
KADOOR
Tiens! tu partiras demain, avec tous les p�cheurs, pour ne pas �veiller les soup�ons.
PIF�AR
Et demain, la belle aura votre lettre ... car, c'est pour une belle.
KADOOR
Tu as devin� ... mais pas un mot.
PIF�AR
Pas un mot! ...
Il sort.
SC�NE VI
KADOOR
seul
Tout va bien! Ce p�cheur est un imb�cile; il ne peut soup�onner de quelle haute mission je viens de le charger; � merveille! Endors-toi dans ta mollesse, insolent monarque, ton ennemi veille ... Mais, quelles sont ces clameurs.
Il remonte.
C'est lui! c'est le roi et notre belle cousine; me soup�onnerait-on? tenons-nous � l'�cart et assurons-nous en.
Il s'eloigne.
SC�NE VII
Le roi, N�mea, Kadoor, suite du roi et de la princesse.
CHOEUR
Gloire � Brahma qui te prot�ge,
Brillant cort�ge,
D'un ciel si pur!
Au Roi du jour c'est lui qui donne
Cette couroune
D'or et d'azur.
LE ROI
Arr�tons-nous sous ces �pais ombrages,
Et respirons, en libert�,
L'air pur de ces rivages.
N�MEA
Ah! de ces bords heureux j'admire la beaut�,
Que la nature est grande en ses ouvrages!
Quels sites! quels tableaux et quelle majest�!
LE ROI
Oui, quelle majest�!
La mienne, en v�rit�,
Est bien peu de chose � c�t�.
Qu'en dites-vous, belle cousine?
N�MEA
O roi! Votre essence est divine.
Vous avez trop d'humilit�.
Nocturne
N�MEA
Du tendre oiseau la m�lodie,
Le clair ruisseau de la prairie,
Le sable d'or, l'herbe fleurie,
Les hauts palmiers, les verts �lots
Et les flots,
Les blanches fleurs � peine �closes,
Magnolias, jasmins et roses,
Ces sublimes ou douces choses,
C'est pour les rois seuls que Brahma
Les cr�a.
LE ROI
Vous vous trompez, ma belle amie;
Du tendre oiseau la m�lodie,
Le sable d'or, l'herbe fleurie,
Les hauts palmiers, les verts �lots
Et les flots,
Les blanches fleurs � peine �closes,
Magnolias, jasmins et roses,
Ces sublimes ou douces choses,
C'est pour les belles que Brahma
Les cr�a.
SC�NE VIII
Le roi, Kadoor, N�mea.
LE ROI
� Kadoor qui repara�t
Eh! c'est notre beau cousin; je m'�tonnais de ne point vous voir parmi les seigneurs de ma cour; mais la pr�sence de N�mea m'a bien vite rassur�, et je lui disais, il y a quelques instants: � Princesse, puisque vous �tes avec moi, nous ne tarderons pas � voir le prince Kadoor.
KADOOR
Les fleurs attirent les abeilles.
N�MEA
Et les frelons.
LE ROI
Soyez donc plus aimable pour ce pauvre Kadoor.
KADOOR
Votre Majest� est bien bonne de me t�moigner une si g�n�reuse piti�.
LE ROI
J'ai mes raisons, cousin.
KADOOR
Et puis-je les conna�tre?
LE ROI
Cette couronne que nous partons, vous pouviez en h�riter aussi bien que nous-m�me, et puisqu'elle nous est �chue, nous voulons, pour vous consoler, vous donner le plus beau joyau du royaume.
Il lui montre N�mea.
N�MEA
C'est-�-dire que je payerai les frais de la guerre.
LE ROI
La guerre!
KADOOR
La guerre! entre Sa Majest� et moi. Oh! d�cid�ment, princesse, vous ne m'aimez pas, et peut-�tre ferais-je mieux de renoncer � nos projets d'alliance.
LE ROI
Y renoncer? mais r�pondez donc, N�mea.
N�MEA
Je crois que le seigneur Kadoor a raison.
LE ROI
Comment?
KADOOR
Daignez vous expliquer.
N�MEA
Eh bien, seigneur Kadoor, l'hommage de votre c�ur et de votre main m'honore au plus haut degr�; mais cela me g�ne ... un peu, et cela me d�soblige ... beaucoup.
KADOOR
Que vous voulez-vous dire?
N�MEA
Tenez, je vais vous parler franchement. Prince Kadoor ... mon c�ur ne m'appartient pas.
LE ROI
Vous aimez quelqu'un?
KADOOR
Et cet homme ... c'est? ...
N�MEA
Je ne le connais pas.
KADOOR
Mais, princesse ...
N�MEA
�coutez ... c'est toute une histoire: Il y a quelques mois, j'eus la fantaisie d'aller me baigner sur une plage �loign�e; l'endroit �tait d�sert; au loin, seulement, passait une barque �l�gante, mont�e par de jeunes seigneurs, car l'�cho rep�tait leurs chants, et ces chants �taient ceux de la cour. Tout � coup, un courant inconnu m'entra�ne au large, je veux lutter, je crie, j'appelle ... et je disparais enfin sous les flots ... Quand je revins � moi, j'�tais �tendue sur le sable, et lorsque je demandai � mes femmes qui m'entouraient, quel �tait mon sauveur: Nul n'�tait sur la gr�ve, me r�pondirent-elles; votre sauveur est un envoy� du ciel, qui a disparu � notre approche.
LE ROI
Kadoor, est-ce que vous croyez � cette intervention de Brahma?
KADOOR
Moi, Majest�?
N�MEA
Oh! je suis trop peu de chose pour que le ciel m'ait envoy� un de ses anges. Mon sauveur n'est pas tomb� du ciel, il s'est �lanc� de cette barque mont�e par de jeunes seigneurs, il m'a disput�e au courant qui mena�ait de l'engloutir avec moi, et c'est au p�ril de sa vie qu'il a sauv� la mienne.
KADOOR
Tout ceci ne me dit pas ce que l'offre de ma main ...
N�MEA
A de g�nant pour moi? Vous ne comprenez pas qu'en affichant partout vos pr�tentions � mon c�ur, en publiant hautement notre prochain mariage, vous l'emp�chez de se faire conna�tre, lui!
LE ROI
C'est vrai, vous l'effarouchez, lui!
KADOOR
Si c'est l� le seul obstacle, j'ose vous pr�dire, princesse, que celui qui garde le silence par discr�tion avant notre mariage, se taira par respect quand vous m'appartiendrez.
N�MEA
Soit! il ne se fera pas conna�tre ... vous me r�pondez de lui; mais si je le d�couvre, je ne vous r�ponds pas de moi, du tout.
LE ROI
Comment, Nemea ...
N�MEA
�coutez donc, un jeune seigneur qui vous sauve, et qui ne demande rien . .... cela m�rite beaucoup.
� Kadoor
R�fl�chissez-y, seigneur, r�fl�chissez-y ... longtemps.
LE ROI
bas
Mon cher Kadoor, � votre place, je crois que j'y r�fl�chirais ... toujours.
KADOOR
Ainsi, princesse, votre dernier mot?
N�MEA
Mon dernier mot, le voil�: Si celui qui m'a sauv�e se pr�sente � moi, s'il me redit ces paroles supr�mes que m'arrachait le d�sespoir quand j'allais mourir; si ce seigneur est de haute naissance; et si Sa Majest� daigne le permettre, je lui donnerai mon c�ur et ma main.
LE ROI
avec une feinte s�v�rit�
Et si je le d�fends, princesse?
N�MEA
Alors, Majest�, je reprendrai ... ma main.
Elle remonte la sc�ne.
LE ROI
riant
Je comprends!
N�MEA
N'est-ce pas une barque de la maison royale, que j'aper�ois au loin?
LE ROI
Oui, princesse.
N�MEA
La mer est bien calme aujourd'hui.
LE ROI
Vous plairait-il de monter dans cette embarcation?
N�MEA
Elle est tr�s-�loign�e du rivage.
LE ROI
Qu'� cela ne tienne. Hol�! esclave ... appelle ces p�cheurs que e vois l�-bas sur la gr�ve.
L'esclave sort.
N�MEA
Si Votre Majest� le d�sire, en attendant l'arriv�e de
la barque royale, nous continuerons notre
promenade sur ces bords.
LE ROI
Soit! nous accompagnez-vous, Kadoor?
KADOOR
Non, Majest�, j'ai ... quelques ordres � donner; je ferai, en m�me temps, pr�venir les rameurs royaux.
LE ROI
Votre main, N�m�a.
Au moment o� ils vont sortir, Z�phoris et Pif�ar, amen�s par l'esclave, paraissent au fond. Z�phoris en apercevant N�mea pousse un cri, et descend en sc�ne comme en proie � une vision.
Z�PHORIS
Grand Dieu! c'est elle! c'est bien elle!
Le Roi et N�mea s'�loignent suivis de la cour.
KADOOR
Qu'a donc cet homme?
PIF�AR
Qui, elle? celle que tu as sauv�e?
KADOOR
Que dit-il?
Z�PHORIS
remontant la sc�ne pour suivre N�mea des yeux
Oh! ce n'est pas une illusion ...
KADOOR
Eh quoi! ce serait l� ...
� Pif�ar
P�cheur, monte dans ta barque, et de la part du roi, fais aborder ici le canot que tu vois au large.
PIF�AR
Le roi? Le roi m'envoie en commission, oh! ma fortune est faite.
Il sort.
SC�NE IX
Z�phoris, Kadoor.
Z�PHORIS
Seigneur ... par gr�ce, daignez me dire ... quelle est cette jeune femme si richement v�tue qui vient de s'�loigner?
KADOOR
l'observant
C'est? ... la princesse ... N�mea.
Z�PHORIS
Une princesse!
KADOOR
Pourquoi cette question?
Z�PHORIS
Pardon, seigneur; mais vous ne pouvez pas savoir ... vous ne pouvez pas comprendre ...
Il veut s'�loigner.
KADOOR
le retenant
Tu te trompes, je comprends ton �motion, et je sais que tu as sauv� la princesse qui allait mourir.
Z�PHORIS
Qui vous a dit? ...
KADOOR
Elle-m�me.
Z�PHORIS
Elle!
KADOOR
Qui m'a charg� de rechercher son sauveur.
Z�PHORIS
Se peut-il? ... Elle se souvient encore? ... elle! ... me chercher ... pourquoi? dans quel but?
KADOOR
Oublie-t-on si vite un g�n�reux d�vouement? Mais, d'abord, c'est toi, c'est bien toi qui l'as sauv�e?
Z�PHORIS
Oui, seigneur.
KADOOR
C'�tait? ...
Z�PHORIS
C'�tait un soir.
KADOOR
Il y a de cela? ...
Z�PHORIS
Il y aura demain juste huit mois.
KADOOR
� part
Demain? Haut. Et tu te jetas � la mer? ...
Il regarde autour de lui.
Z�PHORIS
Du haut de ce rocher que vous voyez l�- bas.
KADOOR
Et ... lorsque tu l'eus arrach�e � la mort ... tu la portas? ...
Z�PHORIS
Ici m�me, seigneur.
KADOOR
� part
Ici!
Z�PHORIS
Voil� le sable qui lui servit de couche.
KADOOR
� part
Bien!
haut
Enfin, tu te souviens, n'est-ce pas, de ces paroles qu'elle disait avec d�sespoir dans cette lutte supr�me o� elle croyait succomber?
Z�PHORIS
Ces paroles prononc�es par elle et entendues de moi seul ... Oui, seigneur, je m'en souviens! Ma m�re ... ma m�re ch�rie, s'�criait-elle, du haut des cieux, prot�ge-moi!
KADOOR
� part
A merveille!
haut
Oui, c'est toi, c'est bien toi! et je puis te t�moigner toute la reconnaissance de N�mea . ... et je puis te dire ce qu'elle attend de ton respect, ce qu'elle esp�re de ton d�vouement.
Z�PHORIS
Parlez, seigneur, que veut-elle? Chacun de ses d�sirs sera pour moi comme un ordre de Dieu m�me; que veut-elle?
KADOOR
Que tu promettes de ne jamais r�v�ler � personne que c'est la princesse N�mea que tu as sauv�e.
Z�PHORIS
Oh! ce secret restera entre nous trois!
KADOOR
Que tu promettes de ne jamais chercher � te rapprocher d'elle ...
Z�PHORIS
avec douleur
Eh quoi! ...
KADOOR
Que tu jures, enfin, de ne jamais lui rappeler qu'un mis�rable p�cheur l'a tenue un instant dans ses bras ...
Z�PHORIS
� part
Oh! mon r�ve, 
mon beau r�ve! Tout est fini pour moi.
KADOOR
Consens-tu � me faire ce serment?
Z�PHORIS
� part
Elle est princesse! un abime nous s�pare!
KADOOR
Eh bien?
Z�PHORIS
Dites-lui, seigneur, que la princesse N�mea n'a rien � redouter du pauvre Z�phoris . .... recevez ici mon serment solennel! Je vous jure, seigneur, de me taire pour tous ...
KADOOR
Et pour elle-m�me?
Z�PHORIS
avec effort
Et pour elle-m�me, je le jure par Brahma qui m'entend.
KADOOR
C'est bien.
Lui tendant une bourse.
Je lui porterai ton serment, et j'ajouterai que tu as re�u ta r�compense.
Z�PHORIS
Oui, seigneur, j'ai re�u une r�compense et mille fois plus pr�cieuse que celle-ci, que je refuse.
KADOOR
Comment?
Z�PHORIS
Cette femme si noble, si fi�re et si belle, moi, pauvre p�cheur, je l'ai tenue dans mes bras; ce c�ur si hautain, il a battu contre mon c�ur, ces longs cheveux noirs ont envelopp� ensemble et sa t�te et la mienne, et quand je l'eus arrach�e � la mort, mes l�vres ont os� presser son front. Dites- lui cela, seigneur, elle comprendra que je suis bien pay�, et que je n'ai pas besoin de votre or ...
Il sort.
SC�NE X
KADOOR
seul
Oser me braver ainsi! ... oh! malheur � lui! ... il se taira du moins ... il l'a jur� ... N�mea m'appartiendra ... et si, pour me rassurer tout � fait, ce n'est pas assez du serment de cet homme ... eh bien! ... il partira.
SC�NE XI
Kadoor, le roi, N�mea.
KADOOR
Le roi et la princesse ... � notre r�le.
Il semble r�fl�chir profond�ment.
LE ROI
Encore ici.
KADOOR
Majest� ... pardonnez ... je ...
N�MEA
Dans quelles graves r�flexions �tiez-vous donc plong�?
KADOOR
Je songeais, princesse, � tout ce que vous m'avez dit il y a quelques instants.
N�MEA
Et vous pensez? ...
KADOOR
Je pense que celui qui vous a sauv�e serait bien fou de garder plus longtemps le silence ...
N�MEA
Vous le connaissez donc?
KADOOR
Je le connais.
LE ROI
En v�rit�?
N�MEA
Oh! nommez-le-moi, nommez-le-moi, je vous en conjure?
KADOOR
Vous vous sentez donc toujours pr�s de l'aimer?
N�MEA
Je l'avoue, seigneur.
KADOOR
Eh bien! ... celui qui fut assez heureux pour exposer ses jours en sauvant les v�tres, celui qui n'aurait voulu vous devoir qu'� l'amour et non � la reconnaissance ...
N�MEA ET LE ROI
C'est?
KADOOR
C'est moi!
Trio
N�MEA
O surprise inou�e!
O coup inattendu!
S'il m'a sauv� la vie,
Mon bonheur est perdu!
LE ROI
O surprise inou�e!
L'ai-je bien entendu?
Il lui sauva la vie,
Je reste confondu.
KADOOR
Un seul mot l'a gu�rie
D'un amour pr�tendu,
A sa coquetterie
Le tour �tait bien d�.
N�MEA
� Kadoor
Afin qu'en moi nul doute ne demeure,
De vous je veux savoir l'endroit, le jour et l'heure
O� vous avez sauv� mes jours.
KADOOR
Vraiment cela
M'est bien ais�, car cet endroit est l�,
Non loin du rocher solitaire
Qui pr�te � l'onde son myst�re.
N�MEA
C'est vrai.
LE ROI
� N�mea
C'est vrai?
KADOOR
avec force
C'est vrai! puis voici le rivage
O� par le courant ma�tris�,
Sur le sable je vous posai.
N�MEA
C'est vrai!
LE ROI
� N�mea
C'est vrai?
KADOOR
avec force
C'est vrai: pour dernier t�moignage,
Quand je me jetai dans les flots,
Parmi vos cris je distinguai ces mots:
�Ma m�re, � ma m�re ch�rie!
Du haut des cieux, sois mon appui.�
N�MEA
C'est lui!
KADOOR
C'est moi.
LE ROI
C'est lui!
Reprise de l'ensemble.
KADOOR
Oui, la voil� gu�rie, etc.
N�MEA ET LE ROI
O surprise inou�e, etc.
LE ROI
Et maintenant, belle cousine,
Vous devez l'aimer, j'imagine?
N�MEA
apr�s un silence
J'interroge mon c�ur.
KADOOR
Eh bien?
LE ROI
Eh bien?
N�MEA
Eh bien.
Il ne me r�pond rien.
KADOOR
Comment! rien?
N�MEA
Rien.
KADOOR
Rien?
LE ROI
� Kadoor en riant
Rien!
N�MEA
� Kadoor
Mais prenez patience;
Mon c�ur doit m'avoir entendu:
Avant deux minutes, je pense
Qu'il m'aura r�pondu.
Ensemble
LE ROI ET N�MEA
Ah! ah! ah! etc., etc.
D�s qu'il aura parl�, prince, on vous le dira.
KADOOR
riant ironiquement
Ah! ah! ah! etc.
Implacables railleurs! ma revanche viendra.
� N�mea
Mais, no disiez-vous pas vous-m�me:
�Mon sauveur est celui que j'aime?�
N�MEA
Oui, sans doute, je le disais ...
Mais ...
LE ROI
Mais?
KADOOR
Mais?
N�MEA
Mais ...
Je ne le croyais pas si pr�s.
LE ROI ET N�MEA
Ah! ah! ah! etc.
Qui pouvait, beau cousin, se douter de cela!
KADOOR
Ah! ah! ah! etc.
Implacables railleurs, ma revanche viendra!
LE ROI
� N�mea
Les deux minutes sont pass�es,
De vos plus intimes pens�es
Vous ne pouvez plus rien celer.
Allons, princesse, il faut parler.
Premier couplet
En songe, vous voyiez l'image
D'un brillant et jeune seigneur,
Au c�ur br�lant, au doux visage;
Et vous disiez, c'est mon sauveur!
Mais enfin, le myst�re cesse;
Votre sauveur est retrouv�,
Dites-nous � pr�sent, princesse,
Si vous croyez encore avoir r�v�
Deuxi�me couplet
Vous l'adoriez sans le conna�tre;
Et r�p�tiez dans votre ardeur:
Jamais je n'aurai d'autre ma�tre
Que mon myst�rieux sauveur!
Vous vous faisiez cette promesse
Avant de l'avoir retrouv�,
Dites-nous � pr�sent, princesse,
Si vous croyez toujours avoir r�v�.
N�MEA
� Kadoor qui semble l'interroger
Puisque je ne dois plus vous taire mes pens�es,
Puisque vous �tes mon sauveur,
Et puisqu'enfin, noble seigneur,
Les deux minutes sont pass�es:
Voici ma main ...
KADOOR
O bonheur! � bonheur!
N�MEA
Je vous donne ma main ... mais je garde mon c�ur.
KADOOR
Et pour qui donc?
N�MEA
Mais ... pour moi-m�me.
LE ROI
� Kadoor
Le temps est un ma�tre supr�me!
Prince, prenez la main en attendant le c�ur.
Ensemble
LE ROI
Enfin, il la tient,
Cette main ch�rie;
N�mea devient
Son bien et sa vie.
A ses feux jaloux,
Plus de r�sistance!
Il a l'assurance
D'�tre son �poux.
KADOOR
Enfin, je la tiens,
Cette main ch�rie;
C'est de tous les biens
Celui que j'envie.
A mes feux jaloux
Plus de r�sistance!
J'obtiens l'assurance
D'�tre son �poux.
N�MEA
Ah! je vous pr�viens
Que je me marie,
Sans que ces liens
Comblent mon envie.
S'il faut aux �poux
Un amour immense,
Je n'aurai, je pense,
Qu'amiti� pour vous.
Strette
KADOOR
Je l'�pouse, car dans mon c�ur,
Je n'ai point peur
Que sa froideur
Soit le signal de sa rigueur.
N�MEA
Je l'�pouse, lui, mon sauveur!
Mais j'ai bien peur
Que de mon c�ur
Jamais il ne soit le vainqueur.
LE ROI
Elle �pouse enfin son sauveur:
Mais j'ai bien peur
Que de son c�ur
L'�poux ne soit jamais vainqueur.
LE ROI
remontant
La barque royale est pr�te.
Il prend la main de N�mea.
KADOOR
s'inclinant
A bient�t, ma noble fianc�e.
N�MEA
soupirant
Sa fianc�e! Je l'ai promis. A bient�t, seigneur.
Le Roi et N�mea montent dans la barque accompagn�s de quelques seigneurs. Z�phoris para�t au fond. Il suit N�mea des yeux, et semble la contempler encore lorsqu'elle a disparu.
SC�NE XII
Kadoor, Z�phoris.
KADOOR
sans voir Z�phoris
J'ai r�ussi! N�mea ne d�couvrira jamais la ruse que j'ai employ�e. Ce p�cheur ...
Z�phoris fait quelques pas comme pour suivre la barque des yeux.
KADOOR
C'est lui ... Que fait-il donc?
Z�PHORIS
sans voir Kadoor
Pourquoi n'es-tu pas n�e obscure? Pourquoi ne suis-je qu'un pauvre p�cheur?
KADOOR
Qu'entends-je?
Il va � lui et lui frappe sur l'�paule.
Z�PHORIS
se retournant
Seigneur ...
KADOOR
Tu as promis de te taire.
Z�PHORIS
Je tiendrai mon serment.
KADOOR
Ton serment ne me suffit plus.
Z�PHORIS
Que voulez-vous dire?
KADOOR
�coute: je suis le prince Kadoor, issu du sang royal, et presque roi moi-m�me.
Z�phoris s'incline.
N�mea est ma fianc�e; demain elle sera ma femme.
Z�PHORIS
Votre femme!
KADOOR
Tu as refus� l'or que je t'offrais ...
Z�PHORIS
Mon travail suffira aux besoins de ma s�ur.
KADOOR
Ta s�ur sera � l'abri du besoin et tu partiras demain.
Z�PHORIS
Partir ... Quoi? vous voulez? ...
KADOOR
Je t'ai dit ma volont�! Ta s�ur me r�pondra de ton ob�issance.
Z�PHORIS
Grand Dieu! ma s�ur?
KADOOR
Eh bien?
Z�PHORIS
Je partirai, seigneur.
KADOOR
J'y compte! A part. Maintenant, je suis tranquille, la princesse est bien � moi.
Il sort.
SC�NE XIII
Z�PHORIS
seul
Partir! ne plus la revoir! Et pourquoi la reverrais-je?
R�citatif
Elle est princesse! elle est princesse!
O destin, contre moi t'armeras-tu sans cesse?
Je la retrouve et la perds � la fois.
Elle est princesse! elle est princesse!
Que ne suis-je du sang des rois!
Cavatine
Un regard de ses yeux viendrait finir ma peine
Si j'�tais roi.
Je serais � ses pieds et b�nirais ma cha�ne
Si j'�tais roi.
Des plus ardents rivaux je d�f�rais la haine
Si j'�tais roi.
Humble fille ou princesse elle serait ma reine
Si j'�tais roi.
Mais je ne suis qu'un p�cheur de la gr�ve,
Son noble sang pr�s du tr�ne l'�l�ve,
Ah! plus d'espoir, doux objet de mon r�ve,
Il faut mourir et mourir, loin de toi.
H�las! un doux regard viendrait finir ma peine
Si j'�tais roi.
Humble fille ou princesse elle serait ma reine
Si j'�tais roi.
Je n'ai plus que quelques heures � passer en ce lieu ch�ri, sur ce sable ador� qui fut sa couche et qui est devenue la mienne.
Il se jette sur le sable.
Doux sable, confident de mes amours ...
Il trace avec son doigt des caract�res sur le sable.
Que de fois ... tu m'as entendu g�mir! Que de fois ... Mais, o� va s'�garer ma pens�e! Quels mots viens-je de tracer sur le sable? Oh! pauvre fou!
On entend au loin le ch�ur des matelots qui reviennent. Z�phoris laisse tomber sa t�te sur le sable.
Princesse! elle est princesse! Ah! si j'�tais roi, roi, roi! ...
Il s'endort. La nuit est venue.
SC�NE XIV
Le roi, N�mea, Z�phoris endormi.
Suite du roi et de la princesse.
Ch�ur et sc�ne finale
CHOEUR
O barque l�g�re et fid�le!
Tu ressembles � l'hirondelle
Qui rase les flots de son aile
Sans tracer dans l'onde un sillon.
Pour juger la noble chaloupe,
Point n'est besoin, devant sa coupe,
De voir � sa hautaine poupe
Flotter le royal pavillon.
La barque aborde, le Roi en descend donnant la main � N�mea, des esclaves les pr�c�dent portant des lanternes.
LE ROI
� sa suite
Prenons le sentier des Bambous;
Nous abr�gerons notre route.
Ils descendent la sc�ne.
N�MEA
voyant Z�phoris dans l'obscurit�
O ciel!
LE ROI
Qu'avez-vous donc? et pourquoi tremblez-vous?
N�MEA
Qui donc est l�?
LE ROI
C'est un p�cheur sans doute.
Il prend une lanterne des mains d'un esclave et se penche sur Z�phoris.
Je l'avais dit ... c'est un p�cheur qui dort,
Insouciant du sort.
Mais que vois-je �crit sur le sable?
Oh! l'histoire admirable!
Je croyais ce p�cheur insouciant du sort;
Mais il s'en occupe, ma ch�re,
Beaucoup trop au contraire.
N�MEA
Et comment donc?
LE ROI
Lisez ces mots qu'en s'endormant
Il a trac�s. � Ah! c'est charmant
N�MEA
lisant
Si j'�tais roi!
LE ROI
Si j'�tais roi!
Z�PHORIS
r�vant
Si j'�tais roi!
LE ROI
Que ferait-il, s'il �tait roi?
Ah! par ma foi!
Quelle plaisante id�e il me vient � cette heure!
Hol�! mon m�decin!
Le m�decin s'approche.
Cet homme dort et je veux qu'il demeure
Dans cet �tat jusqu'� demain.
Faites-lui respirer cette liqueur magique
A qui j'ai d� souvent un sommeil l�thargique.
Le m�decin ob�it.
LE ROI
� un officier, apr�s lui avoir parl� � voix basse
Vous m'entendez? allez!
L'officier s'incline et va pr�venir les matel�ts qui prennent leurs avirons et s'approchent de Z�phoris, endormi par le m�decin.
LE ROI
au m�decin qui accourt vers lui
Profond�ment il dort?
C'est bien!
Il fait signe aux matel�ts d'enlever Z�phoris.
N�MEA
Que faites-vous?
LE ROI
Je r�pare le tort.
Du ciel envers cet homme;
J'exauce son d�sir.
N�MEA
Eh! quoi?
LE ROI
Il d�sire �tre roi,
Et le roi, pour un jour, lui donne son royaume.
Nous verrons ce qu'il en fera,
Et comment il s'en tirera.
Aux matel�ts
Au palais emportez cet homme.
N�MEA
L'histoire est unique, je crois.
Elle va s'�loigner, le Roi l'arr�te, et lui montrant Z�phoris que les matel�ts emportent sur leurs rames.
LE ROI
riant
Devant nous, N�mea, laissons passer le roi.
LE ROI ET N�MEA
Pauvre p�cheur, du tr�ne avide,
Vers les grandeurs ton roi te guide;
Et c'est lui-m�me qui pr�side
A ton sommeil;
A ton r�veil.
Ils suivent le cort�ge de Z�phoris.
ACTE II
La salle du tr�ne dans le palais de Moussoul
SC�NE PREMI�RE
Le roi, Kadoor, N�mea, Issalim, le grand adigar du palais, Atar, seigneurs et serviteurs.
LE ROI
�coutez-moi tous. Je vous ai fait appeler afin de vous prescrire mes ordres souverains.
Tout le monde s'incline.
Cet homme qui est endormi l�, dans notre propre chambre ... nous voulons qu'� son r�veil chacun le salue du nom de roi! ... et lui ob�isse comme � nous-m�me.
KADOOR
Quoi! Votre Majest�? ...
N�MEA
Mais ne comprenez-vous pas, seigneur Kadoor, que le roi veut nous donner une journ�e de plaisir et de folie?
LE ROI
Qui sait, N�mea? il y a peut-�tre l� autre chose qu'une fantaisie, un passe-temps royal.
N�MEA
Comment?
LE ROI
Cet homme du peuple, cet obscur p�cheur doit conna�tre bien des abus que nous ignorons. Il a entendu, sans doute, bien des plaintes qu'on emp�che de monter jusqu'� nous; il a vu couler bien des larmes que l'on nous cache, et nous pensons que si, de temps en temps, et pour un jour, nous pr�tions notre pouvoir � quelque humble sujet, les affaires de l'�tat n'en iraient peut-�tre pas plus mal.
KADOOR
Le roi est aujourd'hui en veine de haute philosophie.
LE ROI
Le roi ordonne et veut �tre ob�i.
Tout le monde s'incline encore.
KADOOR
Pour ma part, c'est avec joie que je remplirai le r�le qu'il plaira� Votre Majest� de me donner dans cette com�die, et je br�le de conna�tre notre roi d'un jour!
LE ROI
Eh! mais! c'est vrai, vous ne l'avez pas encore vu! Le grand adigar de mon palais vous informera de ce que j'attends de chacun de vous.
N�MEA
Pour moi, je r�clame la faveur de choisir moi-m�me mon emploi.
LE ROI
Comment?
N�MEA
Que Votre Majest� me permette de tourner la t�te au nouveau roi.
LE ROI
Je vous l'abandonne, belle cousine. Maintenant, seigneurs, �loignez-vous; le roi va s'�veiller.
Tout le monde s'incline et s'�loigne.
KADOOR
regardant le Roi
Pauvre fou! c'est peut- �tre son dernier jour de royaut�, et il le donne.
N�mea et Kadoor saluent le Roi et sortent.
SC�NE II
Le roi, l'adigar, le m�decin, esclaves et jeunes filles.
LE M�DECIN
Majest�, le p�cheur ouvre les yeux.
LE ROI
� haute voix
Le lever du roi!
L'ADIGAR
au fond du th��tre
Le lever du roi!
UNE VOIX
au lointain
Le lever du roi!
Entrent des Esclaves portant des cassolettes embras�es, des Jeunes Filles qui jouent de la v�na, esp�ce de lyre indienne.
Z�PHORIS
dans la chambre du roi
Z�lide! Pif�ar! ...
SC�NE III
Les m�mes, Z�phoris.
Z�PHORIS
entre en sc�ne comme effar�; tous les assistants se prosternent devant lui.
O� suis-je? ... En croirai-je mes yeux ... je r�ve sans doute ... o� suis-je? ... � ciel! o� suis-je?
Les Jeunes Filles chantent.
CHOEUR
O roi! ton peuple qui t'adore,
Inclin� devant ta grandeur,
A ton lever croit voir l'aurore
Dans son immortelle splendeur.
Sans ta sagesse qui l'�claire,
Sans ton amour qui le conduit,
D�sh�rit� de la lumi�re,
Ce peuple vivrait dans la nuit.
O roi! etc.
Z�PHORIS
immobile, dans son extase
Oh! c'est un r�ve qui m'enchante,
C'est un mensonge du sommeil.
Mais chante encor, troupe charmante,
Trop t�t me viendra le reveil.
LE CHOEUR
O roi! etc.
Z�PHORIS
Ce n'est pas un r�ve! je vois, je mar che ... Non, non, je ne dors pas, mais pourtant! ... ces riches habits dont je suis v�tu ... ce palais ...
Le roi le salue, Z�phoris s'incline.
LE ROI
Votre Majest� a-t-elle fait des songes heureux?
Z�PHORIS
Ma ... ma majest�? A qui croyez-vous parler?
LE ROI
Mais ... je parle au roi.
Z�PHORIS
Qui, le roi?
LE ROI
Votre Majest�, dont j'ai l'honneur d'�tre le premier ministre.
Z�PHORIS
Mon premier ministre! ... ah! je le disais bien c'est un songe!
LE ROI
Daignez rappeler vos souvenirs ... Voil� dix ans que vous portez la couronne.
Z�PHORIS
Dix ans!
LE ROI
Il est vrai qu'� la suite d'une longue maladie ... Votre Majest� a �t� ... priv�e de sa raison.
Z�PHORIS
Moi?
LE ROI
Dans certaines heures d'�garement Votre Majest� s'imaginai �tre un pauvre p�cheur du nom de Z�phoris.
Z�PHORIS
Oui, certes, je suis Z�phoris, c'est moi!
LE ROI
H�las! voil� que le roi retombe dans un de ses acc�s de fi�vre. Le m�decin du roi!
Z�PHORIS
Un m�decin! Non, non, c'est inutile ... �a va bien! �a va tr�s-bien! ... J'ai horreur des m�de cins.
LE ROI
Alors Votre Majest� va prendre son repas du matin.
Z�PHORIS
Un repas!
� part
Oh! quelle id�e!
haut
Oui, je veux d�jeuner ... je veux d�jeuner.
LE ROI
Le d�jeuner du roi!
Des esclaves apportent � Z�phoris des plateaux charg�s de fruits et de flacons.
Duo
Z�PHORIS
On ne peut pas manger et r�ver � la fois;
Voyons donc si je r�ve.
Il prend un fruit et le porte � sa bouche.
Eh! mais ... eh! mais ... je mange.
Apr�s avoir tendu sa coupe � un esclave.
Eh! mais ... eh! mais je bois,
Oui, je bois ... et je mange!
LE ROI
Versez, versez encor
De ce vin couleur d'or.
Il boit.
Z�PHORIS
Songe heureux! r�ve �trange,
Est-ce � toi que je dois
Le bon vin que je bois?
Ils disent vrai, peut-�tre;
C'est moi qui suis le roi.
LE ROI
Oui, vous �tes le roi.
LE CHOEUR
Notre roi! notre roi!
Z�PHORIS
Non! non! cela ne peut pas �tre.
Que l'on jette par la fen�tre
Celui qui le premier m'appellera le roi.
Silence.
Les voil� qui soudain restent muets d'effroi.
Ensemble
Z�PHORIS
Oh! la surprenante aventure,
Je suis p�cheur, tout me l'assure,
Cependant l'on me traite en roi,
Et chacun tremble devant moi.
LE ROI
Pour lui l'�tonnante aventure!
Il ne sait d�j� plus, je le jure,
S'il est p�cheur ou s'il est roi,
Allons, tout ira bien, je croi.
Z�PHORIS
au Roi
Vous n'osez plus rien dire maintenant.
LE ROI
J'ai peur pour mes jours.
Z�PHORIS
Vous? comment?
LE ROI
Apr�s l'ordre donn�, je craindrais, � mon ma�tre,
Qu'on me jet�t par la fen�tre.
Z�PHORIS
Le feraient-ils?
LE ROI
Je le crois bien.
Z�PHORIS
Pour moi, je n'en crois rien.
LE ROI
Tentez l'�preuve � l'instant m�me
Sur cet esclave que voil�.
Z�PHORIS
Oui, vous avez raison, je verrai bien par l�
Si j'ai la puissance supr�me.
Approche, l'esclave, et dis-moi
Qui je suis.
L'ESCLAVE
tremblant
Vous �tes le roi.
� l'instant m�me, les autres esclaves s'emparent de leur camarade; ils l'�l�vent au-dessus de leurs t�tes et vont le jeter par la fen�tre.
Z�PHORIS
Arr�tez, je vous croi, je vous croi, je vous croi!
Les esclaves s'arr�tent.
Ah! la surprenante aventure!
Je suis p�cheur, tout me l'assure.
Pourtant on m'ob�it, ma foi,
Tout comme si j'�tais le roi.
LE ROI
Pour lui, l'�tonnante aventure, etc., etc.
Z�PHORIS
Viens �a, viens �a, mon pauvre esclave noir;
Pour adoucir tes maux que n'ai-je en mon pouvoir
Quelques pi�ces d'argent.
Il porte machinalement la main � sa poche.
Juste ciel! dans ma poche
J'entends sonner ...
Il se fouille.
LE ROI
Il va vider ma poche.
Z�PHORIS
Eh! eh! l'esclave, approche,
Prends-moi cela.
Il tire une pi�ce.
Quoi! c'est de l'or?
Il se fouille.
De l'or toujours.
M�me jeu.
De l'or encor!
M�me jeu.
Toujours de l'or! toujours de l'or!
Il le s�me � terre.
Reprise de l'ensemble
Ah! la surprenante aventure
Je suis p�cheur, tout me l'assure,
Et pourtant je trouve sur moi
Autant d'or que si j'�tais roi.
LE ROI
Pour lui l'�tonnante aventure!
Il croit d�j�, la chose est s�re,
Qu'il n'est pas p�cheur, mais bien roi;
Allons, tout va bien, je le voi.
LES ESCLAVES
ramassant les pi�ces d'or.
Merci, grand roi,
Honneur � toi.
Merci, grand roi,
Honneur � toi.
Z�PHORIS
Qui me dira,
Qui m'apprendra
O� tout cela
S'arr�tera?
LE ROI
Tant qu'il sera
Comme cela,
On aimera
Ce bon roi-l�.
Sur un signe du Roi les esclaves s'�loignent.
SC�NE IV
Les m�mes, N�mea.
N�MEA
Majest�, daignez recevoir tous les v�ux que mon c�ur forme pour vous.
Z�PHORIS
O ciel! c'est elle! c'est bien elle!
N�MEA
Votre Majest� para�t �mue.
Z�PHORIS
Oh! je suis si heureux qu'il n'est pas de mots pour exprimer ce que je ressens.
N�MEA
� Z�phoris
Le roi ne m'en a jamais dit autant.
LE ROI
Le roi a eu tort!
N�MEA
� Z�phoris
Ce n'est pourtant pas la premi�re fois que je me trouve en sa pr�sence.
Z�PHORIS
Non, non, ce n'est pas la premi�re fois ...
Il lui prend la main.
N�MEA
un peu troubl�e
Mais ...
Z�PHORIS
l'enla�ant dans ses bras
Oh! ne me fuyez pas; restez, si vous ne voulez qu'en ce riche palais, au milieu des splendeurs qui m'environnent, je ne regrette mon humble cabane de p�cheur.
N�MEA
se d�gageant
Majest�!
bas, au Roi
Mon r�le est plus embarrassant que je ne pensais.
LE ROI
bas et en contenant son rire
Courage! ... il faut le convaincre tout � fait ... mettez en �uvre tous vos moyens de s�duction.
N�MEA
Vous le voulez ... Allons!
Air
R�citatif
De vos nobles a�eux et de votre couronne,
O mon royal cousin, daignez vous souvenir.
Rejetez ces transports qu'un long r�ve vous donne;
Rien ne doit plus troubler vos jours � l'avenir.
Cantabile
Des souverains des rivages d'Asie
Notre monarque est le plus fortun�;
Gr�ce et courage, esprit et po�sie,
Avec grand c�ur le ciel a tout donn�.
Quand l'univers entier proclame ta grandeur,
O roi! refuses-tu de sourire au bonheur?
All�gro
Dis un seul mot, soudain ta cour
Va devenir le doux s�jour
De la folie et de l'amour,
Des plaisirs et de l'ivresse.
Souriant tous au ciel d'azur,
Nul n'attendra que l'�ge mur
Vienne effeuiller d'un souffle impur
Les roses de la jeunesse.
La fleur d'amour
Ne vit qu'un jour;
H�las! � peine un jour.
Ah! dis un mot, soudain ta cour
Va devenir le doux s�jour, etc., etc.
Z�PHORIS
Je vous �coute avec transport, avec ravissement; je voudrais vous croire, mais, h�las! je ne le puis. Je sens bien que je suis Z�phoris le p�cheur, et, � moins d'un miracle ...
N�MEA
Un miracle!
Z�PHORIS
J'y songe.
� lui-m�me
Hier, lorsque pensant � elle, je me suis endormi sur la plage, je demandais au ciel de me faire roi ... le ciel m'aurait- il exauc� ... Puisque je suis aupr�s d'elle, libre de lui parler, de la voir, de l'entendre, n'est-ce pas un miracle de Brahma? Oh! oui, plus de doute, c'est un miracle.
haut
Je crois � ma royaut�!
LE ROI
riant
Il y croit! ...
N�MEA
A la bonne heure!
Z�PHORIS
Oui, j'y crois, N�mea, et si l'avenir que le ciel m'a pr�par� doit effacer de mon esprit bien des choses du pass�, il en est une qui d�fiera tous les enivrements de la gloire et de la richesse ... c'est le souvenir du jour o� je vous vis pour la premi�re fois ...
N�MEA
Que voulez-vous dire?
Z�PHORIS
Ce jour-l�, c'�tait ...
LE ROI
Prince Kadoor, arrivez donc.
Z�PHORIS
� part
Kadoor! oh! je me souviens! c'est � cet homme que j'ai jur� ...
N�MEA
Achevez ...
Z�PHORIS
Je ne le puis ...
� part
Roi ou p�cheur, je dois tenir mon serment.
N�MEA
Qu'allait-il m'apprendre?
SC�NE V
Les m�mes, Kadoor, puis le conseil.
LE ROI
Venez donc pr�senter votre hommage au roi.
KADOOR
tr�s gaiement
Majest�, je viens annoncer le Conseil ...
regardant Z�phoris
O ciel! mon p�cheur ... ici, pr�s d'elle!
Z�PHORIS
Ah! vous me reconnaissez, vous?
LE ROI
bas
Comment?
KADOOR
de m�me
J'ai eu besoin de ses services ... de sa discr�tion ...
LE ROI
Prenez garde ...
Z�PHORIS
� Kadoor
Eh bien?
KADOOR
avec contrainte
Qui de nous ... ne conna�t ... Votre Majest� ...
Z�PHORIS
Lui aussi? ... Comment! vous ne vous souvenez pas? ...
KADOOR
vivement
Voici le Conseil ...
Six ministres se pr�sentent.
Z�PHORIS
Le Conseil attendra.
KADOOR
Impossible! ... il y a, dit-on, de graves affaires � traiter ... Venez, venez, princesse ...
Z�PHORIS
Mais ...
N�MEA
Les femmes, vous le savez, ne peuvent assister aux d�liberations d'�tat!
Z�PHORIS
Du moins, je vous reverrai? ... Prince Kadoor, j'aurai � vous parler ... c'est vous qui ramenerez ici la princesse.
KADOOR
Moi ... que je ...
Mouvement du Roi.
Oui ... oui ... Majest� ...
� part
Oh! j'emp�cherai qu'il ne la revoie ...
LE ROI
Le roi veut-il prendre la place sur son tr�ne?
Z�PHORIS
Mon tr�ne! Ma foi, puisque Brahma me le donne, ne f�t-ce que pour un jour, pour une heure, mon devoir est de l'occuper dignement, d'�tre juste envers tous et de consoler ceux qui souffrent ...
Il monte au tr�ne.
N�MEA
bas
Eh! mais, c'est fort bien dit, cela.
KADOOR
riant
Oui, le pauvre gar�on prend son r�gne au s�rieux!
LE ROI
Ne riez plus, prince Kadoor! il parle de r�parer des injustices, de calmer des douleurs et d'essuyer des larmes! En ce moment, il est v�ritablement roi.
KADOOR
avec ironie
Soit! venez, princesse.
Tout le monde sort, except� les six conseillers, le Roi et Z�phoris.
SC�NE VI
Le roi; Z�phoris, les conseillers, puis Atar.
LE ROI
� Z�phoris
Le Conseil est ouvert! Voici le rapport de votre ministre de justice et de gr�ce ... �Tous les employ�s de l'�tat remplissent dignement le mandat que Votre Majest� leur a confi�.�
Z�PHORIS
Ce rapport-l� n'a pas le sens commun!
TOUS
Comment?
Z�PHORIS
Il est un magistrat, du nom de Zizel, qui vend la justice.
LE ROI
Ah! ah! nous ignorions cela!
Z�PHORIS
Qu'on l'arr�te ... qu'on lui applique cent coups de b�ton sous la plante des pieds . ... et de plus qu'il soit priv� de sa charge.
LE ROI
Fort bien!
au secr�taire
�crivez.
lisant
�Tous les sujets de Votre Majest� la b�nissent, et vivent heureux sous son r�gne.�
Z�PHORIS
Hein! qui dit cela?
LE ROI
Votre troisi�me ministre.
Z�PHORIS
Le troisi�me n'en sait pas plus long que le second.
LE ROI
riant
Vous entendez ... ministre?
� Z�phoris
Cependant, tout le monde ch�rit le roi?
Z�PHORIS
Ah! vous croyez cela, vous?
LE ROI
Oui, certes!
Z�PHORIS
Eh bien! vous vous trompez.
LE ROI
d�concert�
Et qui donc ne l'aimerait pas?
Z�PHORIS
Qui? ... ceux qu'il n�glige de prot�ger.
Il descend du tr�ne.
TOUS
Comment!
Z�PHORIS
Il y a au village de Nessir toute une population de pauvres p�cheurs que pressure ce Zizel ... Il leur prend chaque jour les trois quarts de leur gain.
LE ROI
C'est affreux! ... Et j'ignorais encore cela!
Z�PHORIS
Bah! Vous en ignorez bien d'autres.
LE ROI
Vous croyez?
Z�PHORIS
Oui, oui, oui.
LE ROI
� part
Allons, d�cid�ment, la le�on est bonne.
Z�PHORIS
On me fera venir ces p�cheurs, et l'on comptera dix pi�ces d'or � chacun d'eux.
LE ROI
au secr�taire
�crivez, �crivez encore.
Z�PHORIS
Allons, continuons.
LE ROI
lisant
Voici le rapport du quatri�me ministre: �Les jeunes filles les plus sages de chaque province ont �t� mari�es et dot�es par le roi.�
Z�PHORIS
Les plus sages? ... Et Z�lide, la plus vertueuse fille de Nessir, est-ce qu'on l'a dot�e ... celle-l�?
LE ROI
souriant
Votre Majest� veut-elle qu'on lui donne cinquante pi�ces d'or?
Z�PHORIS
C'est cent pi�ces d'or que je voudrais lui donner!
LE ROI
au secr�taire
�crivez. Cent pi�ces d'or.
Z�PHORIS
Ma bonne Z�lide, qu'on la fasse venir.
LE ROI
Vous serez ob�i. Passons aux affaires politiques.
Z�phoris remonte sur le tr�ne. Atar entre.
Justement, voici le seigneur Atar.
� Atar
Vous avez la parole.
ATAR
Mais, c'est que j'apporte de graves nouvelles ...
LE ROI
Qu est-ce done?
ATAR
Le roi, d'apr�s le conseil du prince Kadoor, a fait partir hier son arm�e pour ch�tier les peuples de Visapour. Mais on assure que depuis quelques jours on a vu croiser au sud-ouest de l'�le une escadre portugaise.
LE ROI
vivement
Parlez-vous s�rieusement?
ATAR
On ajoute qu'un homme de la c�te s'est �loign� plusieurs fois au del� des bancs que ne d�passent jamais nos p�cheurs
Z�PHORIS
� part
C'est Pif�ar!
ATAR
Et qu'on l'a vu communiquer avec des gens montant une barque qui vient du large et s'�loigne aussit�t � peut-�tre apr�s un �change de lettres ...
Z�PHORIS
� part
C'est bien cela.
ATAR
Qu'ordonne le roi?
Mouvement du Roi.
Z�PHORIS
vivement
Le roi ordonne que l'arm�e rentre � Goa en toute diligence.
LE ROI
� Atar
Il a raison! ...
aux ministres
Qu'il soit fait ainsi.
Il donne l'ordre d'�crire.
Z�PHORIS
J'ordonne encore qu'on s'empare d'un p�cheur du village de Nessir, le nomm� Pif�ar; qu'on l'emprisonne et que l'on coule sa barque.
� part
Il ne portera pas la lettre.
LE ROI
au secr�taire
Donnez. Il faut que je signe, afin que le commandant de nos arm�es sache bien que l'ordre de son rappel a �t� d�lib�r� dans le conseil.
Le Roi va exp�dier la d�p�che, Z�phoris s'en empare; mouvement du Roi, auquel l'entr�e de Kadoor vient faire diversion.
SC�NE VII
Les m�mes, Kadoor.
KADOOR
qui a entendu ces derni�res paroles
Rappeler l'arm�e ... Gardez-vous-en bien!
Z�PHORIS
au Roi
Pourquoi?
KADOOR
J'ai pris, comme c'�tait mon devoir, de s�rieuses informations sur les b�timents qu'on a pu voir au large.
LE ROI
vivement
Eh bien?
KADOOR
Ce sont des b�timents marchands qui, surpris par les vents furieux du nord-ouest, restent en vue de nos att�rissages.
LE ROI
rassur�
A la bonne heure! Mais ce p�cheur ...
KADOOR
riant
Pure invention! Depuis bien des ann�es pas une barque de p�cheur n'a d�pass� les bancs du Sud.
Le Roi fait un geste.
Je l'atteste!
LE ROI
A merveille!
Z�PHORIS
� part
Mais Pif�ar! Pif�ar est all� trois fois au del� de ces bancs.
KADOOR
Le roi peut donc �tre rassur� et laisser l'arm�e achever son �uvre.
LE ROI
Allons, c'est aussi mon avis.
TOUS LES MINISTRES
C'est le n�tre!
Z�PHORIS
� part
Ce n'est pas le mien; mais agis sons prudemment.
haut
Que l'arm�e continue sa route.
Il serre la d�p�che dans son sein.
Ah! respirons un peu.
Il fait signe � un esclave de venir.
LE ROI
au milieu des ministres
J'entends que ses volont�s soient ponctuellement accomplies! ... Grand adigar!
Z�PHORIS
� l'esclave noir de la deuxi�me sc�ne
Tu sais comment on ex�cute mes ordres ... Prends cet �crit, et porte-le de l'autre c�t� du d�troit au chef de l'arm�e. Sois diligent et fid�le; il y va de ta vie.
L'esclave sort.
KADOOR
� part
J'ai bien fait d'arriver.
LE ROI
aux ministres
C'est moi qui recevrai les gens qu'il a fait appeler. Vous m'entendez ...
Z�PHORIS
L'esclave est parti.
Voyant entrer N�mea.
N�mea! ... maintenant songeons � mon amour.
LE ROI
allant � Z�phoris
Votre Majest� n'a pas de nouveaux ordres � donner
Z�PHORIS
Si fait! ... Prince Kadoor!
Il lui fait signe d'approcher.
KADOOR
Que me veut Votre Majest�?
Z�PHORIS
Je suis v�ritablement le roi, n'est-ce pas?
KADOOR
� qui le Roi fait un signe
Oui, oui, certes.
Z�PHORIS
Vous ne m'avez donc pas connu simple p�cheur?
KADOOR
Moi ... je ...
LE ROI
qui est pass� pr�s de Kadoor
Ne balbutiez pas.
KADOOR
� Z�phoris
Jamais, jamais, Majest�.
Z�PHORIS
joyeux
Je ne vous ai donc fait aucune promesse, aucun serment?
LE ROI
passant entre eux
Aucun. N'est-il pas vrai, Kadoor?
KADOOR
avec contrainte
Aucun, aucun ...
Z�PHORIS
vivement
C'est dit! Je suis libre alors,
� N�mea
et je puis tout vous dire ...
KADOOR
Grand Dieu!
N�MEA
Que signifie?
Z�PHORIS
au Roi
Qu'on nous laisse.
LE ROI
Pla�t-il?
Z�PHORIS
Sortez.
LE ROI
Vous ... vous me renvoyez?
Z�PHORIS
Vous, et tous les autres.
LE ROI
� part, en riant
C'est parfait!
haut
Seigneurs, le roi nous cong�die.
KADOOR
Mais ...
LE ROI
riant
Faites comme moi, prince ... Ob�issez! ob�issez.
Ils sortent Kadoor veut emmener N�mea, Z�phoris l'arr�te et lui ordonne de partir seul.
SC�NE VIII
Z�phoris, N�mea.
Z�PHORIS
Nous voil� seuls, enfin!
N�MEA
Votre Majest� m'a demand� un entretien ... et je me rends � ses ordres.
Z�PHORIS
Mes ordres! ... ordonner? moi qui vous aurais sacrifi� ma vie sur un mot, sur un signe, et qui le ferais encore? moi, qui vous aime?
N�MEA
riant
Vous m'aimez?
Duo
N�MEA
Vous m'aimez, dites-vous? Ah! Votre Majest�
Veut se jouer ici de ma cr�dulit�,
Z�PHORIS
Non, aussi vrai que je respire,
D'amour mon c�ur est �perdu.
N�MEA
Facilement ce c�ur soupire,
Car cet amour ne m'est pas d�.
Z�PHORIS
Et qui donc plus que vous m�rite
D'�tre aim�e � l'�gal de Dieu?
N�MEA
L'amour ne vient pas aussi vite.
O roi! vous vous faites un jeu.
Z�PHORIS
Que dites-vous, h�las! un jeu?
Non, non; depuis des jours sans nombre
Je vous adore et sans espoir;
Comme l'�toile du ciel sombre
Qu'on voit, mais qui ne peut nous voir.
N�MEA
Eh quoi! depuis des jours sans nombre
Sur lui j'exerce un doux pouvoir?
H�las! j'ai fait de loin, dans l'ombre,
Un malheureux sans le savoir.
Ensemble
Z�PHORIS
Cet amour ne vient pas de na�tre,
Croyez-en l'aveu de mon c�ur;
A vous ma vie, � vous mon �tre;
A moi la joie et le bonheur.
N�MEA
Malgr� moi sa voix me p�n�tre;
Je voudrais sourire et j'ai peur.
H�las! il me dit vrai, peut-�tre;
Quel trouble s'�l�ve en mon c�ur!
N�MEA
Et depuis quand donc, Majest�,
Cet amour est-il de ce monde?
Z�PHORIS
Depuis que par un soir d'�t�,
Un p�cheur vous sauva de l'onde.
N�MEA
Un p�cheur! ah! que dites-vous?
Z�PHORIS
Et ce p�cheur est devant vous.
N�MEA
Qu'osez-vous dire? ... y pensez-vous?
Z�PHORIS
Contre moi soyez sans courroux;
Si j'avais promis le silence,
Je puis le rompre maintenant,
Car le prince, en votre pr�sence,
M'a relev� de mon serment.
N�MEA
Et quel serment?
Z�PHORIS
Le serment de me taill�,
Qu'hier le prince exigea du p�cheur,
Et dont aujourd'hui le seigneur
D�gage son roi.
N�MEA
� part
Quel myst�re!
Je tremble de l'approndir
Le prince aurait pu s'avilir
Jusqu'� mentir.
Z�PHORIS
Je vous cherchais n'ayant pour guides
Que votre image et ce modeste anneau,
Qui glissa de vos doigts humides,
Et que je veux garder jusqu'au tombeau.
N�MEA
Mon anneau! c'est mon anneau m�me,
Je le croyais au fond des eaux.
Z�PHORIS
Il m'a consol� de mes maux,
Il fut mon talisman supr�me.
N�MEA
� elle-m�me
Oh! le prince est un imposteur,
haut
Et voil�, voil� mon sauveur!
Ensemble
N�MEA
Il m'aime! il m'aime!
Lui, mon sauveur!
Quel trouble extr�me
Na�t dans mon c�ur!
Mon sang bouillonne
Dans sa fiert�,
Mais tout l'ordonne,
Qu'il soit dompt�!
Z�PHORIS
O toi que j'aime,
Vois mon bonheur.
Le ciel lui-m�me,
Jour enchanteur,
Le ciel me donne
En sa bont�,
Une couronne
Et ta beaut�.
Obscure flamme,
Dont je mourrais.
Fleur de mon �me,
Renais, renais!
Vision sombre
De mon amour,
Sortez de l'ombre,
Voici le jour!
N�MEA
H�las! je tremble,
Mais dans mon c�ur
Rien ne ressemble
A la frayeux.
Coquetterie,
En ce moment,
Ah! je t'expie
Cruellement.
Ensemble
N�MEA
Il m'aime! etc.
J'ai souffert qu'il f�t mon sauveur,
Je dois souffrir aussi l'ardeur
D'un amour dont je suis l'auteur.
Z�PHORIS
O toi que j'aime, etc.
O N�mea! jour enchanteur,
Tout me sourit, vois mon bonheur,
J'ai la couronne et j'ai ton c�ur.
SC�NE IX
Les m�mes, le roi, Kadoor.
Z�PHORIS
Qui vient l�? Ne peut-on me laisser en paix?
LE ROI
Excusez-moi, Majest�! mais je ne puis contenir le prince Kadoor.
Z�PHORIS
Que signifie?
KADOOR
au Roi
Le roi ne m'a-t-il pas fianc� � la princesse?
Z�PHORIS
Elle! ... votre fianc�e!
LE ROI
Votre Majest� l'a-t-elle oubli�?
Z�PHORIS
au Roi
Quand vous m'avez dit que ma raison m'avait abandonn�, je ne vous ai pas cru. Mais je sens maintenant que si j'ai ordonn� ce mariage ... c'est que j'�tais fou! Si j'ai promis le plus beau joyau de ma couronne, c'est que j'�tais fou! Si j'ai pens� que la femme la plus accomplie du royaume p�t appartenir � un autre qu'au roi, c'est que j'�tais fou! Princesse N�mea, c'est moi qui serai votre �poux ...
LE ROI
A moins que la princesse ne pr�f�re le sujet au roi ...
Z�PHORIS
Que dit-il?
LE ROI
Prononcez-vous, N�mea, dites-nous qui vous aimez.
N�MEA
avec ironie
Pourquoi cette question? ... Mon c�ur ne doit-il pas appartenir � l'homme g�n�reux qui a sauv� ma vie au p�ril de la sienne ...
KADOOR
Il a tout dit!
Z�PHORIS
� part
O bonheur! ...
LE ROI
bas � Kadoor
Mais tombez donc � ses genoux, prince Kadoor, vous voil� le plus heureux des amants ...
KADOOR
Oui, oui ... le plus heureux des ...
� part
Oh! la fureur m'�touffe.
Z�PHORIS
Hol�!
Des esclaves paraissent.
LE ROI
Que va-t-il faire?
Z�PHORIS
Que l'on pr�pare un brillant festin et qu'on appelle en ces lieux tous les seigneurs de ma cour ... Je veux leur annoncer ...
LE ROI
Quoi donc, Majest�?
Z�PHORIS
brusquement
Vous l'entendrez ...
� l'esclave
Ah! un dernier ordre.
Il lui parle bas, l'esclave sort.
KADOOR
Mais c'est son mariage qu'il veut annoncer � la cour.
LE ROI
Eh bien! elle se trouvera r�unie pour apprendre le v�tre.
Z�PHORIS
� N�mea
Oh! combien je suis heureux!
N�MEA
Sa joie me fait mal ... je me repens du r�le que j'ai jou�.
Finale
Z�PHORIS
Accourez � ma voix, beaux seigneurs de ma cour.
Par vos chants d'all�gresse
F�tez et ma ma�tresse
Et mon amour.
Chantez, chantez, je me marie.
Pour moi, quel fortun� destin!
Chantez, seigneurs, je vous convie,
Je vous convie au nuptial festin.
LE COEUR
Ah! de gr�ce! grand roi, nommez-nous, nommez-nous
Celle dont vous allez �tre l'heureux �poux.
Z�PHORIS,
au milieu d'un groupe
Ce tr�sor de jeunesse,
De gr�ce et de tendresse,
Cette belle ma�tresse
Que le ciel m'envoya;
Cette fleur parfum�e,
Cet ange, cette alm�e,
Ne l'ai-je pas nomm�e?
Seigneurs, c'est N�mea.
LE CHOEUR
C'est N�mea! c'est N�mea!
C�l�brons en ce jour,
Par nos chants d'all�gresse,
Et sa ma�tresse
Et son amour.
Pendant ce ch�ur, les esclaves ont dress�, derri�re les personnages descendus � l'avant-sc�ne, les tables du festin.
LE ROI
Pour le royal banquet tout est pr�t, Majest�.
Z�PHORIS
A merveille! venez, venez, fleur de beaut�.
Il prend la main de N�mea. Ils se placent � table, ainsi que toute la cour.
LE CHOEUR
Ah! que de vins! ah! que de mets!
Vive � jamais,
Vive � jamais
L'excellent roi, dont les banquets
Sont des bienfaits
Pour ses sujets.
Z�PHORIS
Je bois � notre reine,
La belle N�mea.
LE CHOEUR
A notre souveraine
La reine de Goa.
Z�PHORIS
Charmante N�mea, chantez-nous, je vous prie,
Quelque douce chanson, quelque air de la patrie.
N�MEA
Je n'oserais, veuillez m'en dispenser.
Z�PHORIS
C'est donc � moi de commencer.
Romance
Z�PHORIS
L'air caresse la branche,
Le papillon les fleurs,
L'aurore la pervenche,
Et le jour les couleurs.
La source qui murmure
Sous de riants berceaux,
Caresse la verdure
Qui caresse ses eaux.
Puisque aimer est la loi supr�me,
Laisse-moi te dire: Je t'aime!
Je t'aime! je t'aime! je t'aime!
KADOOR
au Roi, d'un air suppliant
Majest�! Majest�!
LE ROI
Apr�s avoir chant�,
Dans sa douce romance,
L'amour de la beaut�,
Le roi permet, je pense,
Qu'en ce joyeux festin
L'on chante aussi l'amou du vin.
Z�PHORIS
Chantez, chantez ce gai refrain.
Chanson bachique
LE ROI
Premier couplet
La fleur boit la ros�e,
La mer boit les vapeurs,
Et la terre �puis�e
Boit le nuage en pleurs.
Pour toute la nature,
Quand boire a tant d'appas,
Pourquoi la cr�ature
Ne boirait-elle pas?
TOUS
Aimons et buvons tour � tour.
F�tons et l'ivresse et l'amour.
Aimons!
Buvons!
LE ROI
Deuxi�me couplet
Du jour l'astre supr�me
Boit l'onde � son r�veil,
Et la lune, elle-m�me,
Boit, dit-on, le soleil.
Pour toute la nature,
Quand boire a tant d'appas
Pourquoi la cr�ature
Ne boirait-elle pas?
TOUS
Aimons et buvons tour � tour.
F�tons et l'ivresse et l'amour.
Aimons!
Buvons!
Des Bayad�res arrivent en foule, et dansent devant Z�phoris.
Ballet
Au bruit des gongs sacr�s, les danseuses s'arr�tent, puis elles disparaissent sur un geste du Roi.
LE ROI
Mais qui vient l�?
Z�PHORIS
Ce sont peut-�tre
Les pontifes sacr�s du temple des �lus
Se rendant en ces lieux � l'appel de leur ma�tre.
Il se d�signe.
TOUS
Les pontifes sacr�s!
Z�PHORIS
Qu'ils soient les bienvenus!
Quatre brahmes se pr�sentent.
Quatuor
CH�UR
Dans tes desseins, � roi! que Brahma te seconde!
Pour sceller � jamais le pacte solennel
Qui doit unir deux c�urs dans ce terrestre monde,
Voici venir vers toi les ministres du ciel!
Z�PHORIS
Venez, brahmes sacr�s, m'unir � la princesse,
Selon l'antique usage, � table, unissez-nous.
Kadoor s'approche du Roi; il semble le supplier.
LE ROI
Oui, vous avez raison, il faut que ce jeu cesse.
Il fait signe au m�decin qui vient prendre ses ordres.
Z�PHORIS
Venez, brahmes sacr�s, j'attends! d�p�chez-vous,
LE ROI
Mais, avant tout, vidons une coupe derni�re,
C'est un usage populaire,
Par les rois m�me respect�.
Le m�decin tend une coupe � Z�phoris.
LE ROI
Je bois � la sant�
De Votre Majest�.
CHOEUR
Dans tes desseins, � roi, que Brahma te seconde!
Pour sceller � jamais le pacte solennel
Qui doit unir deux c�urs dans ce terrestre monde,
Voici venir vers toi les ministres du ciel.
Z�phoris a vid� la coupe, on le voit faire de vains efforts pour se tenir debout, il tombe sur un si�ge, tous les convives et les brahmes l'observent.
Z�PHORIS
Qu'ai-je donc? Je me meurs!
N�MEA
O ciel!
LE ROI
� N�mea
Mais quel effroi!
Il se rendort.
N�MEA
H�las!
Z�PHORIS
douloureusement
Je meurs.
On entend le motif de la cavatine.
Et j'�tais roi!
Et j'�tais roi.
Sa t�te retombe sur sa poitrine. Chacun l'observe en silence.
N�MEA
Il dort!
LE ROI
Il dort!
KADOOR
Il dort!
LE CHOEUR
Il dort, il n'est plus roi.
KADOOR
prenant la main de N�mea
Et maintenant, brahmes, unissez-nous.
N�MEA
se d�gageant
Jamais!
TOUS
Que dites-vous?
N�MEA
Non! le prince, jamais, ne sera mon �poux.
Ensemble
LE CHOEUR
O mortelle injure
Que le prince endure!
N�mea lui jure
De fuir son hymen.
A l'amant fid�le
Pourquoi la cruelle
Ici reprend-elle
Son c�ur et sa main?
KADOOR
O mortelle injure!
Funeste aventure!
N�mea me jure
De fuir mon hymen.
Quand je suis fid�le
Pourquoi la cruelle
Me refuse-t-elle
Son c�ur et sa main?
N�MEA
Pareille imposture
Et pareil parjure
Voulaient qu'une injure
Romp�t cet hymen.
A ruse cruelle
R�ponse nouvelle;
Sans �tre infid�le
Je reprends ma main.
LE ROI
O mortelle injure!
Funeste aventure!
N�m�a lui jure
De fuir son hymen.
Quand il est fid�le,
Pourquoi la cruelle
Lui refuse-t-elle
Son c�ur et sa main?
LE ROI
� N�mea
Mais que vous a-t-il fait?
N�MEA
Par �gard pour moi-m�me
Ne le demandez pas.
KADOOR
� N�mea
Ma douleur est extr�me.
N�MEA
Entre nous, plus d'hymen.
au Roi
Jamais il n'e�t mon c�ur, il n'aura pas ma main.
Reprise de l'ensemble pr�c�dent
O mortelle injure! etc.
TOUS
Plus d'hymen, plus d'amours,
S�par�s ... pour toujours.
ACTE III
Une cabane de p�cheur.
SC�NE PREMI�RE
Z�lide, seule, travaillant aux filets de son fr�re.
Z�LIDE
R�citatif
C'est moi qui chaque jour lev�e avec l'aurore,
�veille par mes chants mon fr�re paresseux;
Mais, j'ai beau ce matin chanter, chanter encore,
L'obstin� ne veut pas ouvrir enfin les yeux.
Mais il est un air qu'il adore,
Et que je n'ai pas dit encore,
C'est celui de l'oiseau-moqueur;
Chantons � l'obstin� dormeur
La chanson de l'oiseau-moqueur.
Premier couplet
Entends-tu, sous les bambous,
L'oiseau moqueur qui bavarde?
On dirait qu'il est jaloux,
Jaloux de nos chants si doux.
Ne montrons pas de courroux,
Feignons de n'y prendre garde:
C'est le moyen le meilleur
De nous moquer du moqueur.
Cet-oiseau,
Vil moineau,
Est vraiment
Ignorant.
Il n'entend
Rien au chant.
Raillons-nous
Du jaloux;
Et sans peur
Du moqueur,
Poursuivons
Nos chansons.
Ah! ah! ah! ah! etc.
Deuxi�me couplet
Pour nous venger du jaloux
Que notre chant toujours choque,
Mon fianc�, faisons-nous;
Dans le silence aimons-nous.
Mais, h�las! sous les bambous,
De nos baisers il se moque;
Ah! puisqu'il raille toujours,
Il n'entend rien aux amours.
Ce moqueur
Est sans c�ur!
Il ne sait
Ce que c'est
Que d'aimer
Et charmer.
Au m�pris
De ses cris,
Aimons-nous,
C'est si doux;
Et chantons
Nos chansons.
Ah! ah! ah! ah! etc.
Entr'ouvrant la porte de la chambre o� est Z�phoris.
Il dort toujours ... Ah! par exemple, voil� qui est singulier ... Cette course qu'il a faite en mer l'a donc beaucoup fatigu�? il faut qu'il en soit ainsi, car, lorsque hier soir, en revenant de la plage, o� j'avais esp�r� le voir d�barquer, je le trouvai ici, il �tait d�j� endormi; et je n'ai pas pu lui dire tout ce qui s'est pass� pendant son absence ... Et Pif�ar que je n'ai pas vu hier soir, que je ne vois pas ce matin, et qui lui aussi ignore tout ... Va-t-il �tre joyeux! ... Eh mais, c'est lui! ...
SC�NE II
Z�lide, Pif�ar.
Z�LIDE
Bonjour, Pif�ar.
PIF�AR
accabl�
Bonjour, Z�lide, bonjour.
Z�LIDE
Qu'avez-vous donc, mon ami? je vous trouve un air singulier!
PIF�AR
tragiquement
Z�lide!
Z�LIDE
Eh bien?
PIF�AR
Je ne suis pas content.
Z�LIDE
�a se voit, vous avez la figure toute boulevers�e.
PIF�AR
J'ai perdu de mes agr�ments physiques, hein! Ah! damo! les cachots, �a chance un jeune homme.
Z�LIDE
Les cachots!
PIF�AR
On m'y a plong� hier matin, je n'en ai �t� d�plong� que tout � l'heure.
Z�LIDE
Mais pourquoi?
PIF�AR
C'est sur l'ordre du roi.
Z�LIDE
Du roi!
PIF�AR
Mais je n'ai rien fait! je suis innocent comme l'enfant ... qui va na�tre!
Z�LIDE
Pauvre Pif�ar!
PIF�AR
Ah! oui, pauvre est le mot! ... Imaginez- vous que je suis ruin�.
Z�LIDE
Ruin�? Oh! quel bonheur!
PIF�AR
Hein? c'est comme �a que vous me plaignez?
Z�LIDE
Oh! c'est que vous ne savez pas? ...
PIF�AR
Je sais qu'on a coul� ma barque.
Z�LIDE
Qui donc?
PIF�AR
Les gens de justice, et toujours par ordre du roi! Mais qu'est-ce qu'il a, mais qu'est-ce qu'il me veut le roi? ... c'est peut-�tre parce que j'ai un peu d'esprit et de beaut� qu'il me pers�cute.
Z�LIDE
Comment! vous croyez? ...
PIF�AR
avec conviction
Il est jaloux ... Le roi ... me jalouse! voil� pourquoi il me jette dans les fers et fait couler ma barque.
Z�LIDE
Consolez-vous, nous en acheterons une autre.
PIF�AR
Et avec quoi?
Z�LIDE
ouvrant un petit meuble
Avec �a.
PIF�AR
De l'or! ... Tout �a est � vous?
Z�LIDE
tendrement
A nous.
PIF�AR
joyeux
A nous! � nous! ...
changeant de ton
Z�lide!
Z�LIDE
Eh bien! qu'est-ce qui vous prend?
PIF�AR
Z�lide! Z�lide!
Duo bouffe
PIF�AR
Tant d'or, � vous, � ciel!
Z�lide!
Ce n'est pas naturel,
Z�lide!
Ce serait trop cruel,
Z�lide,
Si vous �tiez perfide,
Z�lide.
Z�LIDE
L'odieux soup�on!
Sans autre fa�on,
Comme sans raison,
Il me croit parjure.
Je le punirai,
Je me vengerai
Et ne lui dirai
Rien de l'aventure.
PIF�AR
Si votre c�ur est pur,
Z�lide,
Faites que j'en sois s�r,
Z�lide;
Car cela m'est bien dur,
Z�lide,
De vous croire perfide,
Z�lide.
Ensemble
Z�LIDE
L'odieux soup�on!
Sans autre fa�on,
Comme sans raison,
Il me croit parjure.
Je le punirai,
Je me vengerai
Et ne lui dirai
Rien de l'aventure.
PIF�AR
Quel affreux soup�on!
Moi qui suis si bon,
Me trahirait-on?
J'en ai peur, je jure.
Ah! je le saurai,
Et d'elle � mon gr�
Je me vengerai
En cas de parjure,
PIF�AR
Qui vous donna cet or?
D'o� vous vient ce tr�sor?
Z�LIDE
riant de lui
Devinez ... devinez, je vous le donne en mille.
PIF�AR
Vous savez que je n'ai jamais rien devin�.
Z�LIDE
Vous �tes donc ...
PIF�AR
avec exaltation
Je suis ... Je ne suis pas tranquille,
Voil� ce que je suis ... Vous m'avez chagrin�.
Et je sens qu'aux alarmes
Vont succ�der les larmes,
Oui, voil� que �a vient.
Z�LIDE
Chacun son tour, c'est bien.
PIF�AR
Ah! ah! ah! ah!
Quel poids j'ai l�!
Soup�on d'amour, supplice atroce!
Ah! ah! ah! ah!
Qui croirait �a!
Elle m'oublie ... avant la noce!
Ah! ah! ah! ah!
Voil�, voil�,
O� devait aboutir nos flammes!
Ah! ah! ah! ah!
Quel tort on a
De tomber amoureux des femmes!
Les meilleures, � mon avis,
Ne valent jamais leurs maris.
Z�LIDE
Vous �tes trop aimable,
Oui, trop aimable, en v�rit�,
D'oser me croire ici coupable
D'un manque de fid�lit� ...
Ah! je sens qu'aux alarmes
Vont succ�der les larmes;
Oui, voil� que �a vient.
PIF�AR
Chacun son tour, c'est bien
Z�LIDE
Ah! ah! ah! ah!
Ce mari-l�,
Vraiment est jaloux comme un tigre.
Ah! ah! ah! ah!
Qui croirait �a?
C'est mon futur qui me d�nigre.
Ah! ah! ah! ah!
Apr�s cela,
Fiez-vous, fiez-vous aux hommes!
Ah! ah! ah! ah!
On voit par l�,
Que bien meilleures qu'eux nous sommes.
Les moins bonnes, � mon avis,
Valent bien mieux que leurs maris.
PIF�AR
Voyons, ne pleurez plus, car cela me fait peine;
Je ne suis plus jaloux, essuyez vos beaux yeux.
Dans ces affreux soup�ons c'est mon c�ur qui
m'entra�ne:
Si je vous aimais moins, je serais plus joyeux�
Z�LIDE
Vous voil� plus gentil, et je veux tout vous dire.
PIF�AR
Je ne veux rien savoir.
Z�LIDE
Apprenez ...
Silence.
PIF�AR
Eh bien, quoi?
Z�LIDE
Toutes ces pi�ces d'or que vous voyez reluire
Je les tiens ...
Silence.
PIF�AR
De qui donc?
Z�LIDE
riant
Devinez.
PIF�AR
Quel martyre!
Z�LIDE
Je les tiens.
PIF�AR
Mais de qui?
Z�LIDE
Du roi.
PIF�AR
Du roi?
Z�LIDE
Du roi.
Comme la fille la plus sage
De toutes celles du village.
PIF�AR
La plus sage! la plus sage!
Ensemble
PIF�AR
Ah! c'est bien diff�rent;
Mon bonheur est d'autant
Plus grand.
La chose est neuve,
L'or que j'ai vu
N'est qu'une preuve
De sa vertu.
Ah! c'est bien diff�rent;
Mon bonheur est d'autant
Plus grand.
Z�LIDE
Pour lui c'est diff�rent;
Son bonheur est d'autant
Plus grand.
Oui, chose neuve,
L'or qu'il a vu
N'est qu'une preuve
De ma vertu.
Ah! c'est bien diff�rent;
Son bonheur est d'autant
Plus grand.
PIF�AR
Et Z�phoris?
Z�LIDE
Il dort encore.
PIF�AR
En ce cas, il faut que vous me pr�tiez sa barque pour quelques heures.
Z�LIDE
Oh! vous ne p�cherez pas aujourd'hui.
PIF�AR
P�cher? ah! bien, oui! ... il s'agit de ce paquet qui renferme une lettre ... une lettre d'amour, vous savez bien, je vous en ai parl� l'autre jour; je n'ai pas pu la porter hier, parce qu'on m'a incarc�r�, mais je veux la porter ce matin pour ...
Z�LIDE
Pour gagner l'argent qu'on vous donne.
PIF�AR
Du tout, l'argent je n'y tiens pas; d'ailleurs je l'ai touch� d'avance; mais le seigneur en question a parl� de me faire trancher la t�te, et ma t�te ... c'est diff�rent, j'y tiens.
Z�LIDE
Prenez donc notre barque.
PIF�AR
Et les avirons?
Z�LIDE
Prenez les avirons.
PIF�AR
Et la voile?
Z�LIDE
Prenez tout ce que vous voudrez.
PIF�AR
avec intention
Tout ... ce que ... je vou drai ... � Z�lide! ... avec force. tout ce que je voudrai ...
Il veut l'embrasser.
Z�LIDE
Finissez donc!
se d�gageant
Mais c'est pour ma sagesse qu'on me donne cent pi�ces d'or.
PIF�AR
Bah! c'est comme moi pour la lettre! vous �tes pay�e d'avance ... ainsi ...
Il l'embrasse.
Z�LIDE
C'est affreux!
PIF�AR
Mais non, c'est tr�s-agr�able. Au revoir, ma ch�re, sage et riche future.
Il sort.
Z�LIDE
allant � la porte du fond
Allez vite et revenez de m�me.
SC�NE III
Z�lide, Z�phoris.
Z�PHORIS
sortant de sa chambre, v�tu comme au premier acte
Qu'est-ce que cela veut dire ... Une cabane ... d'humbles v�tements ...
Z�LIDE
Ah! te voil� �veill�, mon fr�re.
Z�PHORIS
Je veux mon palais, mes esclaves, mes ministres! je veux la voir, elle ... Oh! oui, c'est elle, elle surtout que je veux voir ...
Z�LIDE
Tes ministres, ton palais? ... mais qui crois- tu donc �tre?
Z�PHORIS
Qui je suis? ... je suis le roi.
Z�LIDE
Le roi! Oh! je devine, c'est ton amour qui t'a donn� quelques heures d'un bonheur �ph�m�re, c'est ton amour qui a fait na�tre un songe dor� qui te tient encore sous son empire.
Z�PHORIS
Un songe ... je l'ai cru d'abord; oui, l�- bas, dans ce palais, je croyais r�ver ... mais j'ai bien vu, j'ai bien senti que j'�tais �veill� ... et cependant ... je me retrouve ici, pr�s de toi ... sous ces habits ... et je la perds, je la perds pour toujours, elle ... elle que j'aime tant ... Oh! je suis malheureux, bien malheureux, ma s�ur ...
Il pleure.
Z�LIDE
allant � lui et lui prenant la main
Ta s�ur ... tu l'as dit, Z�phoris, ce mot ne doit-il pas suffire pour te rappeler � toi-m�me ... est-ce que je puis �tre la s�ur d'un roi?
Z�PHORIS
accabl�
C'est vrai ...
Z�LIDE
Est-ce que cette demeure n'est pas celle qui nous vit na�tre?
Z�PHORIS
C'est vrai!
Z�LIDE
Est-ce que ce n'est pas ici, mon fr�re, que nous avons grandi, pauvres orphelins, en pleurant, en priant ensemble?
Z�PHORIS
C'est vrai, c'est vrai! Ma royaut�, son amour, mon bonheur,
avec force
tout cela n'�tait donc qu'une vision ... une illusion du sommeil ... un songe, un songe. Ah! cependant ...
Z�LIDE
se jetant � son cou
Fr�re!
Z�PHORIS
doucement 
Non ... je n'y veux plus penser ... jamais ... jamais ... Parlons de toi, petite s�ur, de ton fianc�, de ton avenir ... de ton mariage ... Je veux oublier ce qui me touche; mais toi, du moins, je veux que tu sois heureuse, ma s�ur.
Z�LIDE
Le ciel a d�j� fait beaucoup pour accomplir ce v�u l�.
Z�PHORIS
Vraiment? ... Assieds-toi et conte-moi cela.
Z�LIDE
Eh bien, hier ... tandis que tu �tais en mer.
Z�PHORIS
En mer? ... moi! ... mais ...
Z�LIDE
suppliante
Oh! ... et ta promesse? ...
Z�PHORIS
Oui, oui! ... soit donc! tandis ... tandis que j'�tais en mer? ...
Z�LIDE
Il m'est survenu ...
Z�PHORIS
Quoi donc?
Z�LIDE
Un grand bonheur ... j'ai re�u de la part du roi cent pi�ces d'or pour ma dot.
Z�phoris se l�ve tout droit et demeure immobile.
Qu'as-tu donc?
Z�PHORIS
Cent pi�ces d'or ... pour ta dot! ... C'est moi, Z�lide, moi, qui te les ai fait donner quand j'�tais roi.
Z�LIDE
Encore! Alors c'est toi aussi qui a fait emprisonner Pif�ar.
Z�PHORIS
Pif�ar!
Z�LIDE
C'est toi qui as fait couler sa barque?
Z�PHORIS
Oui, oui! ... la prison, la barque coul�e, tout cela est mon ouvrage ... Ah! je le savais bien. Merci, Brahma! C'e�t �t� trop cruel de ne me donner l'amour de N�mea qu'en songe. Z�lide! elle est � moi, elle est � moi. Je suis le roi.
Z�LIDE
O mon Dieu! ... sa raison est perdue ...
SC�NE IV
Les m�mes, les p�cheurs.
Morceau d'ensemble
CHOEUR
Honneur � la plus sage
Des filles du village,
A qui le roi, dit-on,
D'une dot a fait don.
Z�PHORIS
Envers elle il fut juste.
LE CHOEUR
Envers nous il fut bon,
Car ce monarque auguste
A nous aussi fit don . ...
Z�PHORIS
vivement
De dix pi�ces d'or?
LE CHOEUR
Tu sais donc
Combien l'on nous donna,
Toi qui n'�tais pas l�?
Z�PHORIS
Je le sais, car c'est moi qui vous fis ce don-l�.
LE CHOEUR
Que dit-il donc?
Z�PHORIS
Depuis hier, gr�ce � Brahma,
Je suis souverain de Goa.
LES P�CHEURS
hommes et femmes
Il est fou, des plus fous!
Quel accident terrible!
Sa t�te, c'est visible,
Est sens dessus dessous.
Il est fou, des plus fous,
Il est fou, des plus fous!
Z�LIDE
� Z�phoris
H�las! ce n'est qu'un songe
Qui survit
A la nuit;
Dans l'erreur il te plonge,
Mon pauvre Z�phoris.
LE CHOEUR
Rappelle tes esprits.
Z�PHORIS
Que penser de leurs cris?
Tout me revient � la m�moire
Et pourtant nul ne veut me croire;
N'ai-je donc plus, en effet, mes esprit?
Il tombe accabl�.
LES P�CHEURS
Mais qui vient l�? � C'est Zizel.
SC�NE V
Les m�mes, Zizel.
ZIZEL
entrant et ne pouvant marcher que sur la pointe des pieds.
C'est moi-m�me.
Aie! aie! aie! aie! aie! aie! h�las! douleur extr�me!
Aie! aie! aie! aie! aie! aie! � tourment sans �gal!
On lui donne un si�ge.
LE CHOEUR
Qu'avez-vous? qu'avez-vous?
ZIZEL
Aux talons j'ai bien mal.
Z�PHORIS
se levant radieux
Il a mal aux talons. C'est bien �a! c'est �a m�me
Sous la plante des pieds c'est moi qui lui fis don,
Pour prix de tous ses vols, de cent coups de b�ton.
Vous voyez, mes amis, que j'ai bien ma raison.
ZIZEL
se levant
Ah! c'est toi mis�rable ...
Il marche sur lui.
Aie! aie! aie! ah! c'est toi! mis�rable! c'est toi!
Toi qui m'as d�nonc�.
Z�PHORIS
Qui, moi?
Te d�noncer? � qui? pourquoi?
Je te savais coupable,
Je t'ai puni, c'�tait mon droit.
Ne suis-je pas le roi,
LES P�CHEURS
Il est fou, des plus fous, etc.
ZIZEL
Il est fou, des plus fous.
Quel accident terrible, etc.
ZIZEL
aux p�cheurs
Le roi m'ayant, hier au soir,
Fait l'honneur de me recevoir,
Mouvement de Z�phoris
M'a command�, dans sa bont� supr�me,
De vous rendre � tous votre argent;
Et je viens, encore souffrant,
Ex�cuter son ordre � l'instant m�me.
Z�PHORIS
vivement
Tu n'as pas vu le roi,
Non, non, c'est impossible!
Je ne t'ai pas vu, moi;
Tu n'as pas vu le roi.
ZIZEL
parodiant sa phrase
Je n'ai pas vu le roi,
Ah! la chose est risible!
Si fait, j'ai vu le roi
Tout comme je te voi!
LES P�CHEURS
Comme nous.
Z�PHORIS
Comme vous?
Z�LIDE
Comme moi.
Z�PHORIS
Comme toi?
Mais alors ce n'est donc pas moi,
Ce n'est pas moi qui suis le roi.
Ah! laissez-moi seul, laissez-moi.
ZIZEL
J'ai votre argent.
Il se l�ve.
Aie! aie! Allons, suivez-moi tous.
Aie! aie! Allons! aie! aie! Allons, suivez-moi tous.
Z�LIDE
Sans bruit, sans bruit, �loignons-nous.
Un peu de repos, je l'esp�re,
Saura calmer mon pauvre fr�re
Et dissipera sa chim�re.
Sans bruit, �loignons-nous.
Reprise de l'ensemble, � demi-voix
Zizel, les P�cheurs et Z�lide sortent.
SC�NE VI
Z�phoris, seul.
Ah! ma t�te est perdue! ... Ils disent vrai, je suis fou! je suis fou ... Ma raison va du r�ve � la r�alit�, et dans cette lutte horrible ... ma t�te se brise. Oh! c'est la folie! c'est la folie! N�mea, c'est toi seule que je regrette; N�mea, ne te reverrai-je jamais? ... N�mea!
SC�NE VII
N�mea, Z�phoris.
N�MEA
Me voil�.
Z�PHORIS
O ciel! est-ce encore une vision? Vous ici, pr�s de moi? ...
N�MEA
Oui, moi, qui suis bien coupable envers vous, et qui viens vous faire l'aveu de ma faute.
Z�PHORIS
Que signifie?
N�MEA
Cessez de craindre pour votre raison, Z�phoris, vous n'avez pas fait un r�ve insens� ... Z�phoris, vous avez �t� roi.
Z�PHORIS
avec chaleur
Ah! c'est bien vrai, n'est- ce pas ... j'ai �t� roi, et ma main a rencontr� la v�tre?
N�MEA
Oui.
Z�PHORIS
Et je vous ai parl� de mon amour?
N�MEA
confuse
Oui.
Z�PHORIS
Et votre bouche a r�pondu: Mon c�ur est � celui qui m'a sauv� la vie?
N�MEA
Oui, oui.
vivement
Mais en parlant ainsi j'ob�issais ... au v�ritable roi.
Z�PHORIS
Au v�ritable roi?
N�MEA
A celui qui, trouvant endormi sur la plage un p�cheur qui r�vait au tr�ne, le fit plonger dans un sommeil l�thargique duquel il n'est sorti ...
Z�PHORIS
Je comprends ... je comprends tout! Plus tard, ils m'ont plong� de nouveau dans ce profond sommeil! Ils m'ont rendu � ma pauvret�, � mon isolement ... sans penser que ce bonheur d'un jour ferait le d�sespoir de ma vie enti�re. Et c'est vous, N�mea, qui vous �tes pr�t�e � ce jeu cruel! Vous, qui avez d�chir�, sans piti�, ce pauvre c�ur qui vous aimait tant!
N�MEA
Ah! ne m'accablez pas! j'ignorais que vous m'aviez sauv�e au p�ril de vos jours. J'ignorais de quel amour vous m'aimiez!
Z�PHORIS
D'un pur et saint amour! croyez-le. Jamais prince ou roi ne vous aimera comme vous aimait le pauvre p�cheur.
N�MEA
Z�phoris!
Z�PHORIS
Vous �tes venue pour raffermir ma raison chancelante ... Mieux e�t valu me laisser devenir fou tout � fait ... Je ne comprendrais plus, du moins, tout ce que je perds en perdant votre amour.
N�MEA
Oh! taisez-vous! Par piti�, taisez-vous.
Z�PHORIS
C'est la derni�re fois, sans doute, qu'il m'est permis de vous voir ... Reprenez cet anneau ... je l'ai bien souvent press� sur mes l�vres, je l'ai bien souvent arros� de mes pleurs! ... reprenez- le, N�mea, pour qu'aucun lien ne reste entre nous ... reprenez-le ... c'est peut-�tre l'anneau de fian�ailles que vous donnerez � un autre ...
N�MEA
Oh! taisez-vous ... taisez-vous ...
Duo
N�MEA
Je fus cruelle et Dieu se venge,
Ici je reconnais son bras.
Il fait de vous, vous, mon bon ange,
L'ange vengeur des c�urs ingrats.
Votre col�re doit m'atteindre,
Accablez-moi de vos m�pris;
Puisque vous souffrez, Z�phoris,
J'ai perdu le droit de me plaindre.
Elle se d�tourne pour essuyer une larme.
Z�PHORIS
l'observant
Qu'avez-vous, princesse, et pourquoi
D�tournez-vous vos yeux de moi?
Il surprend ses larmes.
Ah! quelles soudaines alarmes
Viennent remplir vos yeux de pleurs!
Ange, une seule de vos larmes
M'a pay� de tous mes malheurs.
Mon ressentiment doit s'�teindre,
Tout courroux doit expirer l�.
Puisque vous pleurez, N�mea,
J'ai perdu le droit de me plaindre.
N�MEA
J'ai bien des torts envers vous.
Que votre �me grande et bonne
A cette heure me pardonne;
Je vous implore � genoux.
Elle tombe � genoux.
Z�PHORIS
N�mea, relevez-vous.
Avec solennit�.
Je vous pardonne, allez, � noble femme,
Heureuse et fi�re, aux bras d'un autre �poux.
Je vous pardonne, et c'est du fond de l'�me;
Vivez en paix, je pr�rai Dieu pour vous.
Ensemble
Je vous pardonne, allez, � noble femme, etc.
N�MEA
Malgr� l'amour qui me trouble et m'enflamme,
Loin de ces lieux � fuir je me r�sous.
A Z�phoris je dois fermer mon �me,
Car il ne peut devenir mon �poux.
TOUS DEUX
Pour vous je pr�rai Dieu
O mon sauveur, adieu!
Noble princesse, adieu!
N�MEA
va s'�loigner, elle aper�oit Kadoor au loin. Elle rentre vivement.
O ciel! c'est Kadoor, c'est lui-m�me,
S'il me trouvait ici, chez vous!
Il est puissant! il est jaloux!
Z�PHORIS
Et cependant c'est lui qu'on aime.
N�MEA
Le voil�! le voil�!
Z�PHORIS
Eh bien! sortez par l�.
C'est la chambre de Z�lide.
Au dehors elle ouvre aussi.
Il va ouvrir la porte.
N�MEA
Kadoor! que vient-il faire ici?
Z�PHORIS
Partez, et que Brahma vous guide.
N�MEA
Z�phoris, que Brahma vous guide.
Elle sort.
SC�NE VIII
Z�phoris, Kadoor. Kadoor para�t, il fait signe � quatre esclaves arm�s qui l'accompagnent de l'attendre au fond, en dehors de la cabane.
Z�PHORIS
Quoi! le prince Kadoor chez un pauvre p�cheur?
KADOOR
ironiquement
Mais non pas, Majest�; c'est un puissant monarque
A qui je rends visite.
Z�PHORIS
Assez, assez, seigneur.
Ma place est dans ma barque,
La v�tre est � la cour.
Souffrez que je ...
Il va s'�loigner; Kadoor lui saisit le bras.
KADOOR
avec force
Restez.
Reprenant le ton ironique.
J'esp�re qu'en ce jour,
Vous qui savez si bien rendre � tous la justice,
Vous saurez appliquer la loi dans sa rigueur
A certain Z�phoris qui, parjure � l'honneur
Et tra�tre � son serment, a vendu son seigneur.
Z�PHORIS
Mais vous oubliez donc?
KADOOR
Je demande justice,
Gracieux souverain, car je suis le seigneur,
Victime de ce tra�tre. Il faut qu'on le punisse.
C'est � vous, Majest�, de d�cider son sort;
Vous qui savez si bien rendre � tous la justice,
Vous direz comme moi qu'il m�rite la mort.
N'est-ce pas votre avis?
Z�PHORIS
regardant au fond
Oh! je crains de comprendre.
Il fait un pas vers le fond; Kadoor l'arr�te encore.
KADOOR
Cet arr�t, Majest�, vous venez de le rendre,
Pour �pargner au condamn�
Les angoisses d'un long supplice,
Avec moi tant�t j'amenai
Les serviteurs de la justice.
J'ai tout pr�vu, tout ordonn�.
Z�PHORIS
D'un crime vous seriez capable?
KADOOR
changeant de ton
Non pas, je punis un coupable.
appelant
Esclaves �
Il remonte. � N�mea s'�lance de la chambre de Z�lide et lui barre le passage.
SC�NE IX
Les m�mes, N�mea.
Trio
N�MEA
Arr�tez! arr�tez!
KADOOR
reculant de terreur
N�mea!
N�MEA
froidement
Moi-m�me, prince.
KADOOR
atterr�
Elle �tait l�.
N�MEA
Noble prince Kadoor, cela vous d�concerte,
Vous sentez, n'est-ce pas, que ces gens qui, dehors,
N'attendent qu'un signal pour consommer sa perte,
N'arriveront � lui qu'en passant sur mon corps.
KADOOR
Eh quoi! vous pr�tendez? ...
N�MEA
Le sauver! � Car je l'aime!
KADOOR
O ciel!
Z�PHORIS
Qu'ai-je entendu?
KADOOR
Vous l'aimez?
N�MEA
avec �motion
Oui, je l'aime!
Emportant mon secret j'allais quitter ce lieu,
Mais le danger qu'il court � ce moment supr�me,
En blessant mon amour, m'en arrache l'aveu.
Ensemble
N�MEA
Je voulais me taire �
KADOOR
O fureur!
Z�PHORIS
O bonheur!
N�MEA
Mais plus de myst�re �
KADOOR
O terreur!
Z�PHORIS
O douceur!
N�MEA
Dans cette rencontre �
KADOOR
O douleur!
Z�PHORIS
O faveur!
N�MEA
A moi Dieu se montre.
KADOOR
O terreur!
Z�PHORIS
O douceur!
N�MEA
Il dicte lui-m�me ...
KADOOR
O fureur!
Z�PHORIS
O faveur!
N�MEA
Mon aveu supr�me.
KADOOR
O douleur!
Z�PHORIS
O bonheur!
KADOOR
Cet aveu si doux et si tendre,
Vous l'osez faire devant moi!
N�MEA
Je l'eusse fait devant le roi.
Mon c�ur ne pouvait plus attendre.
Z�PHORIS
aux pieds de N�mea
Oh! c'est trop de bonheur pour moi.
KADOOR
A votre main, � votre foi,
Un vil p�cheur peut-il pr�tendre?
N�MEA
S'il ne peut monter jusqu'� moi,
Jusqu'� lui je saurai descendre.
Z�PHORIS
Oh! c'est trop de bonheur pour moi.
Reprise de l'ensemble
N�MEA
Je voulais me taire, etc.
KADOOR
Ah! c'est son arr�t de mort que vous venez de prononcer ... A moi, mes esclaves malais, � moi!
Le roi para�t.
N�MEA ET KADOOR
Le roi.
SC�NE X
Les m�mes, le roi et douze seigneurs.
LE ROI
N�mea! ... Kadoor en ces lieuz!
N�MEA
Que Votre Majest� daigne emp�cher un crime. ... Le prince ordonne la mort de Z�phoris.
LE ROI
Le prince n'a fait, peut-�tre, que devancer mes ordres.
N�MEA
Vos ordres? ...
KADOOR
� part
Comment?
LE ROI
Oui, cet homme n'a pas craint d'abuser de notre signature royale ... il a os�, au m�pris de notre volont�, faire partir secr�tement l'ordre qui devait ramener l'arm�e ... Et l'arm�e est aux portes de Goa!
KADOOR
� part
Grand Dieu!
haut
Il a fait cela?
Z�PHORIS
Je l'ai fait!
LE ROI
Et qui t'a sugg�r� cette pens�e? Pourquoi as-tu envoy� cette d�p�che, puisque le prince nous en avait fait comprendre le danger ...
Z�PHORIS
Parce que je n'ai pas cru le prince sur parole ...
KADOOR
Malheureux! ...
Z�PHORIS
Parce que je savais qu'un p�cheur portait r�ellement des messages aux Portugais qui observent la c�te.
KADOOR
Tu mens! ...
LE ROI
La preuve! la preuve! ... ce p�cheur, quel est-il?
SC�NE XI
Les m�mes, Pif�ar, Z�lide.
PIF�AR
entrant
Z�phoris!
Z�LIDE
de m�me
Mou fr�re! ciel!
Z�PHORIS
Ce p�cheur, le voil�, Majest�.
PIF�AR ET Z�LIDE
Le roi!
LE ROI
Lui!
KADOOR
Je suis perdu!
LE ROI
Est-il vrai que tu aies port� des messages ...
PIF�AR
En pleine mer? oui. Non; � je ne sais pas.
LE ROI
Comment?
PIF�AR
tremblant
Maj ... Majest�, qu'est-ce qu'on me fera si c'est oui?
LE ROI
Tu mourras, si tu mens.
PIF�AR
En ce cas, j'ai port� trois messages ...
KADOOR
lui faisant un signe
C'est faux!
PIF�AR
C'est juste! pardon, seigneur, je ne vous voyais pas. Le seigneur a raison, j'en ai port� quatre ... le seigneur le sait bien, car c'est lui qui m'envoyait.
LE ROI
Lui!
KADOOR
� part
Oh! le mis�rable!
LE ROI
Ach�ve.
PIF�AR
Enfin, en sortant de prison, ce matin, je porte mon quatri�me message ... Mais � peine mon homme le tenait-il, � peine l'avait-il lu, que le voil� qui hisse � son m�t le pavillon portugais, et au m�me moment, je vois d�boucher de la pointe de l'�le, six forts navires portugais ... aussi!
Il se met � l'�cart avec Z�lide.
Z�PHORIS
Six mille Portugais qui aborderont ici dans une heure, Majest�.
LE ROI
Mais qui trouveront, pour les recevoir, l'arm�e que tu as fait revenir.
Z�PHORIS
Sans doute, nous ne tarderons pas � entendre les gongs sacr�s du Grand-Temple.
LE ROI
Que dis-tu?
Z�PHORIS
Hier, j'ai donn� cet ordre en pr�vision du danger qui nous menace.
Il va �couter � la porte du fond.
N�MEA
Majest�, il a sauv� l'�tat comme il m'avait sauv�e moi-m�me.
LE ROI
Lui! Ah! je te r�compenserai.
Z�PHORIS
Que Votre Majest� me donne une arme et me permette de combattre � ses c�t�s, elle sera quitte envers moi.
LE ROI
Une arme! Donnez la v�tre, prince Kadoor; il est temps qu'une main loyale la purifie des souillures de la trahison.
KADOOR
donnant son sabre au Roi
Majest�, j'ai m�rit� la mort, vengez-vous.
LE ROI
Le m�me sang coule dans nos veines. Partez, vous �tes libre!
KADOOR
tr�s �mu
Vous me pardonnez! Oh! Majest�, je vous jure que cette mort que vous me refusez, j'irai la chercher en face de vos ennemis. Adieu!
On entend tinter les gongs. Kadoor s'�lance par le fond.
SC�NE XII
Les m�mes, moins Kadoor.
LE ROI
Voici le signal! Partons.
Finale
Ensemble
LE ROI, Z�PHORIS ET N�MEA
Toi qui pr�sides aux batailles,
Entends nos v�ux, entends nos cris,
Et fais, au pied de nos murailles,
Tomber nos l�ches ennemis.
LE ROI
O Dieu, dans ta gr�ce profonde
Referme le chemin de l'onde
A ces farouches conqu�rants,
Qui, dans leur course vagabonde,
Ne voudraient envahir le monde
Que pour en �tre les tyrans.
Reprise de l'ensemble
auquel se joignent les huit Conseillers du Roi formant sa suite.
Z�PHORIS
Tout homme affronte le danger
Et sans p�lir donne sa vie,
Lorsqu'il faut chasser l'�tranger
Du sol sacr� de la patrie!
TOUS
O patrie! en volant au combat
Tes enfants sont exempts d'alarmes;
Ils n'ont qu'un cri: Sauvons l'�tat.
Aux armes! aux armes! aux armes!
Ils sortent tous par le fond, Z�lide entra�ne N�mea par la droite Changement � vue. Pendant ce court entr'acte, on entend gronder au loin la bataille.
DERNIER TABLEAU
Une place de la ville de Goa, des soldats et des citoyens d�bouchen de tous c�t�s.
CHOEUR
Victoire! victoire!
Les Portugais
Sont d�faits.
Victoire! victoire!
Nos ennemis
Sont enfuis;
Jour de m�moire
Et jour de gloire!
Pour les vainqueurs
Jour d'all�gresse
Et jour d'ivresse
Pour tous les c�urs.
Victoire! victoire!
Les Portugais
Sont d�faits.
Victoire! victoire!
Nos ennemis
Sont enfuis.
Le Roi entre avec sa suite, Z�phoris marche � sa droite N�mea para�t du c�t� oppos�.
LE ROI
Noble princesse, approchez-vous.
Z�phoris s'est couvert de gloire,
Et je vous ram�ne un �poux
Que ma faveur et la victoire
Ont fait digne de vous.
Trio
LE ROI
Soyez �poux, le roi l'ordonne;
P�cheur hier et soldat en ce jour
Z�phoris sauva ma couronne;
Et je m'acquitte en sauvant son amour.
Z�PHORIS
Elle est � moi, le roi l'ordonne.
O Majest�, votre main en ce jour.
Me donne plus qu'une couronne,
Elle me fait digne de son amour.
N�MEA
Soyons unis, le roi l'ordonne.
P�cheur hier et soldat en ce jour,
Z�phoris sauva la couronne;
Le roi s'acquitte en sauvant notre amour.
Pendant que Z�phoris se jette aux pieds de N�mea, on voit appara�tra le cort�ge des Brahmes.
LES BRAHMES
Peuple, r�jouis-toi! Chante, cit� superbe!
Ils sont encor debout tes courageux enfants.
On ne cherchera pas parmi la cendre et l'herbe
Les portiques sacr�s de tes saints monuments.
LE ROI
Approchez, pieux Brahmes.
Montrant Z�phoris et N�mea
Venez b�nir leurs flammes.
Les Brahmes s'approchent. � Au peuple
Et vous, chantez encor la victoire et la paix.
CH�UR
Victoire! victoire!
Les Portugais
Sont d�faits.
Victoire! victoire!
Nos ennemis
Sont enfuis! etc.